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Comprendre les lipides et la santé cellulaire

Le Dr Amir Ravandi rêve du jour où les médecins pourront facilement intervenir durant une crise cardiaque pour mettre fin aux dommages cellulaires qui en découlent.

Selon le Dr Ravandi, chercheur principal en lipidomique à l’Institut des sciences cardiovasculaires, le scénario idéal ressemblerait à ce qui suit. « Lorsqu’une personne arriverait en état de crise cardiaque, je débloquerais ses artères, j’injecterais le médicament que nous avons conçu dans les artères du cœur, puis je dirais : Vous savez quoi? Nous protégeons les cellules de votre cœur. » Ce serait l’objectif ultime et cela permettrait au muscle cardiaque de survivre. Il ne serait plus nécessaire de procéder par la suite à une greffe de cœur ou de prendre des médicaments. Le cœur serait protégé. Voilà le but visé. »

Grâce au travail du Dr Ravandi et de ses collègues, ce rêve sera un jour réalité.

Une nouvelle façon de voir les lipides

Le Dr Ravandi se concentre principalement sur ce qui arrive aux lipides durant une crise cardiaque. Les lipides sont des molécules de graisse présentes dans la paroi de toutes les cellules de l’organisme humain, explique le Dr Ravandi.

« Les lipides représentent environ 70 % de notre volume sanguin total. Ils en font partie intégrante », dit-il.

Pendant longtemps, on a présumé que les lipides étaient de simples composantes physiques des cellules. Grâce aux nouvelles technologies développées au cours des 15 dernières années, les scientifiques peuvent maintenant regarder les lipides de plus près durant les processus pathogéniques et les problèmes médicaux aigus, comme les crises cardiaques. « Les lipides peuvent causer des dommages, explique le Dr Ravandi. Ils peuvent modifier le comportement des cellules. »

La capacité d’analyser le comportement des lipides durant la maladie est l’un des facteurs qui ont amené le Dr Ravandi à quitter un institut de pointe à San Diego pour s’établir à l’Hôpital Saint-Boniface. L’appareil qui fait le gros travail est appelé spectromètre de masse. Il s’agit d’un appareil de 350 000 $ financé par la Fondation de l’Hôpital Saint‑Boniface.

La bête

Le spectromètre, appelé à la blague « la bête » par les chercheurs, peut identifier, quantifier et suivre les lipides. Il permet au Dr Ravandi de tirer des conclusions informées concernant les dommages au muscle et aux cellules cardiaques.

Le travail en laboratoire commence maintenant à toucher directement les patients de l’Hôpital Saint-Boniface.

« La nouvelle phase de nos recherches consiste à examiner les patients qui se présentent pour une crise cardiaque, explique le Dr Ravandi. Nous avons observé leur plasma sanguin et avons constaté que les molécules particulières qui nous intéressent beaucoup se multiplient 10 à 20 fois durant une crise cardiaque. Nous n’aurions pas pu voir cela sans le spectromètre de masse. Encore une fois, nous ne faisons pas seulement de la recherche sur des animaux ou sur une culture tissulaire, nous travaillons sur des humains. Il s’agit d’un processus qui se produit réellement. »

Les ingrédients du succès

La possibilité d’être dans un milieu permettant de travailler simultanément en laboratoire et auprès des patients a été un autre facteur qui a attiré le Dr Ravandi à l’Hôpital Saint‑Boniface. L’Hôpital voit quelque 55 000 patients par année pour des problèmes cardiaques et héberge l’un des laboratoires de cathétérisme les plus occupés au Canada (il s’agit d’une salle d’examen permettant d’examiner les artères et les cavités du cœur).

« Winnipeg m’offrait à la fois la pratique clinique dans le domaine qui m’intéresse, ainsi que la possibilité de faire de la recherche fondamentale. Voilà pourquoi je suis venu à Winnipeg, explique le Dr Ravandi en parlant de la structure de l’Hôpital Saint‑Boniface. Nos sujets de recherche se trouvent tout juste de l’autre côté de la rue. Je peux facilement aller et venir pour poser des questions à l’hôpital et espérer trouver des réponses au Centre de recherche. Pour un chercheur clinique, il est absolument essentiel d’être près des patients qui ont des besoins pressants et espérer pouvoir les aider. Toutefois, lorsqu’on a des questions, on peut se tourner vers les laboratoires de recherche fondamentale pour étudier un problème et comprendre ce qui se passe. Pour moi, voilà la solution idéale. »

Pour l’instant, les recherches se poursuivent. Le Dr Ravandi et ses collègues restent optimistes et croient que leurs recherches sur les lipides et le comportement cellulaire permettront l’application d’un anticorps fiable qui limitera le nombre de cellules détruites durant une crise cardiaque afin de préserver la plus grande partie possible du muscle cardiaque.

« Nous espérons préserver le plus possible le muscle cardiaque et… ajouter une autre couche de protection pour les patients qui subissent une crise cardiaque », dit-il.

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