Votre grand‑mère avait raison

Des aliments sains des champs du Manitoba

Carla Taylor prouve en laboratoire ce que nos grands‑mères nous disaient à table.

« Elles auraient dit “ mangez des lentilles, mangez des pois chiches, mangez des fèves et des haricots, c’est bon pour vous ” », dit Mme Taylor, chercheuse principale en nutrition métabolique au Centre canadien de recherches agroalimentaires en santé et médecine (CCRASM) du Centre de recherche de l’Hôpital St‑Boniface. Et, précise‑t‑elle, elles avaient raison d’un point de vue nutritionnel élémentaire, mais la science exige des preuves, et les scientifiques cherchent à savoir exactement pourquoi tel ou tel aliment est bon pour vous.

« Ça décrit vraiment en quoi consiste essentiellement la mission du CCRASM, dit Mme Taylor, à prendre ce que nous cultivons, ces aliments que nous savons être bons pour nous, et à utiliser les toute dernières méthodes scientifiques pour démontrer que oui, ils agissent comme certains des médicaments que prenons, et parfois même mieux que ces médicaments. »

Lorsque Mme Taylor parle de son travail, son visage s’illumine. Elle est une vraie fille d’agriculteur, élevée à la ferme familiale d’Oak Lake, au Manitoba. Elle a un faible pour l’agriculture et se passionne réellement pour les liens entre les aliments et la santé.
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« Ces résultats concernent un groupe de personnes recevant les meilleurs soins médicaux possible et qui prennent toutes les divers médicaments utilisés pour traiter ce genre de problème – et malgré tout, l’alimentation a fait une différence. »

Légumineuses, canola et santé cardiovasculaire

L’un de ses principaux projets consiste à étudier les bienfaits des légumineuses sur la santé humaine. Plus précisément, elle et son équipe étudient comment la consommation de produits comme les haricots secs, les pois, les pois chiches et les lentilles pourrait aider les personnes souffrant de maladie artérielle périphérique – une maladie qui réduit la circulation sanguine dans les jambes et qui rend la marche difficile. Elle est liée aux maladies cardiovasculaires. Mme Taylor travaille auprès de patients parvenus à un stade avancé de la maladie et étudie chez eux l’incidence de la consommation de légumineuses.

« Nous leur donnons une demi‑tasse de légumineuses par jour durant huit semaines, et à la fin de l’étude, nous sommes en mesure de démontrer que la circulation sanguine s’est améliorée dans leurs jambes. Et nous avons démontré qu’il y a aussi une baisse du taux de cholestérol sanguin, explique‑t‑elle. Ces résultats concernent un groupe de personnes recevant les meilleurs soins médicaux possible et qui prennent tous les divers médicaments utilisés pour traiter ce genre de problème – et malgré tout, l’alimentation a fait une différence. Je crois qu’il s’agit là d’un message important à faire passer aux gens – nous avons encore besoin de croire dans l’alimentation et dans le fait qu’elle fait une différence énorme, même chez les gens qui souffrent de certaines formes de maladie cardiovasculaire et qui doivent prendre des médicaments. »
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Les recherches de Mme Taylor portent aussi sur l’huile de canola, dont elle s’efforce de comprendre tous les bienfaits pour la santé. C’est à l’Université du Manitoba au début des années 1970 que le canola a été produit pour la première. Plusieurs années plus tard, à l’époque où elle y faisait ses études, ses professeurs de nutrition en étudiaient la variété. Aujourd’hui que Mme Taylor est professeure au département des sciences de nutrition humaine de l’Université, on peut dire qu’elle a bouclé la boucle. Le canola ne la fascine pas moins aujourd’hui qu’il ne la fascinait lorsqu’elle était étudiante dans les années 1980. La différence est qu’elle en sait davantage aujourd’hui sur l’huile de canola et sur les bienfaits précis de certains gras alimentaires.

La guerre des huiles : olive contre canola

« Nous cherchons aussi à savoir comment le type de gras consommé influe sur la santé cardiovasculaire. L’alimentation de type méditerranéen suscite beaucoup d’intérêt, et, bien sûr, chacun pense alors immédiatement à l’huile d’olive. Mais l’huile de canola possède une composition très similaire, et, en fait, elle renferme même plus d’acides gras oméga‑3 que l’huile d’olive, alors elle est une source de gras monoinsaturés et d’oméga‑3 », explique Mme Taylor en parlant des bienfaits de l’huile de canola. « Je crois qu’il pourrait s’agir d’une huile de qualité supérieure… »

En plus du fait que l’huile de canola pourrait contribuer à maintenir l’élasticité et la santé des vaisseaux sanguins, Mme Taylor et son équipe étudient quels bienfaits pourraient avoir cette huile chez les patients atteints du syndrome métabolique, qu’elle décrit comme le premier stade des changements physiologiques risquant d’aboutir plus tard à la maladie cardiovasculaire ou au diabète. « Ça veut dire qu’ils prennent peut‑être un peu d’embonpoint, que leur tension artérielle ou leur glycémie augmente légèrement, explique‑t‑elle. Nous étudions comment l’alimentation pourrait servir à prévenir ou à ralentir la progression de ces maladies chroniques. »

Au‑delà des grands principes

On a appris beaucoup de choses à propos de l’alimentation depuis l’époque où, à Virden, le professeur d’économie domestique du secondaire de Mme Taylor l’encourageait à étudier dans ce domaine à l’université. Ce qui anime Mme Taylor et son équipe c’est de faire de nouvelles découvertes et d’en apprendre davantage sur l’alimentation et la santé – et cela va au-delà des grands principes de la nutrition.

« Quand j’ai commencé à étudier la nutrition, nous considérions les aliments comme des sources de nutriments, c’est‑à‑dire des éléments dont nous avons besoin pour vivre et que notre organisme ne peut pas fabriquer. Par exemple, un manque d’apport en vitamine C peut entraîner une maladie par carence. Tout le monde connaît l’histoire de ces marins qui souffraient du scorbut parce qu’ils ne mangeaient pas assez de fruits et de légumes durant leurs longs voyages sur l’océan, explique‑t‑elle. Ce qui est réellement captivant aujourd’hui c’est que nous ne nous intéressons plus seulement aux nutriments, mais aussi à ce que nous appelons les “ composés bioactifs ”. Donc, nous savons qu’il existe dans les aliments des centaines, voire des milliers d’autres composés ou agents chimiques qui peuvent avoir des bienfaits pour la santé. Aujourd’hui, une partie de la recherche vise à découvrir ce que sont certains de ces composés uniques qui, présents en faible quantité dans les aliments, sont très sains pour nous. Et si nous parvenions à isoler et à mieux comprendre la nature de certains d’entre eux, nous pourrions trouver une sorte de traitement pour des gens qui souffrent déjà de maladies bien précises. »

Mme Taylor et son équipe du CCRASM ont tout ce qu’il faut à leur disposition pour percer les mystères et explorer l’énorme potentiel pour la santé des cultures manitobaines et autres aliments.

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