L’image de la santé

Un spécialiste de l’imagerie contribue à l’avancement des soins et des connaissances

La cardio-oncologie, une discipline encore jeune, convient bien à un jeune chercheur méthodique comme le Dr Davinder Jassal.

La cardio-oncologie est étudiée de près seulement depuis 2005, mentionne le DJassal, chercheur principal en imagerie cardiovasculaire à l’Institut des sciences cardiovasculaire de l’Hôpital Saint-Boniface. Ce champ de spécialité étudie l’impact du traitement du cancer sur le cœur humain.

« Depuis 2006, nous avons remarqué que bien que les médicaments pour combattre le cancer soient efficaces pour détruire les cellules cancéreuses, ils sont nocifs pour le cœur, explique-t-il. Chez des patientes qui ont un cancer du sein, nous constatons que lorsqu’elles reçoivent des traitements de chimiothérapie avec les médicaments appelés doxorubicine et trastuzumab, il y a une chance sur quatre que ces médicaments anticancéreux endommagent le cœur. »

« Pouvons-nous protéger le cœur en donnant une pilule magique? Voilà la prochaine question à l’étude. »

Au cours de la dernière décennie, le Dr Jassal et ses collègues ont commencé à analyser les effets de la chimiothérapie sur le cœur. La première étape consistait à comprendre à quel moment les symptômes cardiaques d’une femme étaient liés à son traitement contre le cancer.

La deuxième étape pour le Dr Jassal et ses collègues consistait à déterminer si les effets négatifs sur le cœur pouvaient être détectés plus tôt pour pouvoir ainsi être traités plus rapidement.

« Chez les femmes qui reçoivent de la chimiothérapie, nous mesurons toujours la capacité de pompage du cœur durant le traitement. Bien que la doxorubicine et le trastuzumab puissent tous deux endommager le cœur après six mois de traitement, il peut être possible de détecter des changements dans la fonction cardiaque trois mois plus tôt. Ainsi, nous n’avons plus à attendre l’apparition de problèmes cardiaques, ajoute le Dr Jassal pour expliquer ce qui a motivé ses recherches. Nous avons été les premiers au monde à démontrer qu’en faisant une échographie du cœur, nous pouvions détecter des changements dans la fonction cardiaque seulement au bout de trois mois, non seulement en laboratoire, mais aussi chez des femmes atteintes de cancer. »

Grâce aux recherches faites par le Dr Jassal dans ce domaine en 2009-2010, les échographies cardiaques font désormais partie des directives canadiennes en matière de traitement du cancer du sein. De plus, l’American Society of Clinical Oncology a aussi adopté cette pratique. Grâce à la détection précoce des problèmes cardiaques causés par la chimiothérapie, les cancérologues peuvent envisager différentes approches.

« Maintenant, il faut trouver comment empêcher ces médicaments contre le cancer d’endommager le cœur pour éviter l’apparition de ce genre de problème », ajoute le Dr Jassal.

Pour y arriver, le Dr Jassal s’est associé à des partenaires à Edmonton pour effectuer une étude spéciale. « Nous avons un total de 90 femmes jusqu’à maintenant. Lorsque des femmes reçoivent un diagnostic de cancer du sein, nous donnons à ces patientes des médicaments précis dès le départ pour protéger le cœur, avant même de procéder à la chimiothérapie, la radiothérapie ou une chirurgie, et nous surveillons ce qui se produit en suivant les patientes pendant un an et demi, explique-t-il. Pouvons-nous protéger le cœur en donnant une pilule magique? Voilà la prochaine question à l’étude. »

Les recherches ont aussi mené à l’étude sur la cardiotoxicité induite par l’Avastin et le Sutent, dans le cadre d’une importante collaboration entre le Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface et la Clinique Mayo. Cette étude vise à évaluer l’impact des médicaments contre le cancer du rein et du côlon sur le cœur. Encore une fois, les objectifs concernent la détection précoce pour éventuellement faire de la prévention. Les recherches sont financées en partie par la Fondation de l’Hôpital Saint-Boniface.

Les recherches sur le cancer du rein et du côlon sont fascinantes et essentielles, mais, pour le Dr Jassal, c’est le cœur qui lui tient à cœur. Certaines de ses autres études sur l’imagerie cardiaque ont permis d’arriver à des conclusions universellement acceptées concernant ce qui arrive au cœur des marathoniens, des femmes enceintes et des personnes souffrant d’apnée du sommeil.

« Le cœur est le moteur qui fait circuler le sang dans le reste de l’organisme. On veut voir si le cœur pompe le sang ou s’il ne fonctionne pas bien et on veut avoir des images, explique-t-il. Je suis le photographe du cœur. Si on voit que le cœur ne fonctionne pas bien, s’il ne pompe plus le sang, il faudra alors peut-être le remplacer. Nous devenons alors comme des entrepreneurs et rénovons le cœur. En cardiologie, on peut dire que nous sommes des rénovateurs, des électriciens, des plombiers et des photographes. »

Toutefois, ce sont aussi des femmes et des hommes qui ont la médecine à cœur et le Dr Jassal est toujours inspiré par le travail auprès des patients. Il souhaite leur apporter du confort et les aider à comprendre ce qui leur arrive. Le langage simple et l’un des éléments clés.

Plutôt que de décrire quelque chose en « jargon médical », il préfère que le médecin dise quelque chose comme : « Vous avez eu une crise cardiaque, ce qui veut dire que votre cœur ne pompe pas bien le sang. Vos artères étaient bloquées et je les ai réparées. J’ai installé un stent. Un stent est une barrière en métal qui aide le sang à circuler. »

Pourriez-vous deviner que ce photographe est le fils d’un mécanicien d’expérience?

« Il faut utiliser un langage de tous les jours, dit-il. Les patients s’en souviendront. »

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