Un va-et-vient qui sauve des vies

Travailler localement pour agir mondialement

« Ici (au Canada), on se concentre parfois sur le traitement plutôt que sur la prévention. »

En juillet 2001, M. Delfin Rodriguez Leyva se rendait à Winnipeg pour la première fois afin d’assister au congrès mondial de la Société internationale d’étude du métabolisme cardiaque et y faire une présentation. Il s’agissait du plus grand événement du milieu de la recherche en cardiologie jamais organisé à Winnipeg. Quelques mois plus tard, M. Leyva travaillait ici.

Né et ayant grandi à Cuba, il n’était pas très à l’aise en anglais, mais à Winnipeg, il a noué des relations riches et durables avec les chercheurs de l’Hôpital Saint‑Boniface en raison de leur intérêt commun pour les soins en cardiologie, un intérêt qui transcende la langue.

Lors de cette conférence, M. Rodriguez a fait une présentation au sujet du travail qu’il a réalisé pour créer un réseau national de cardiologie axé sur la technologie à Cuba. Le réseau visait à améliorer la mise en commun de l’information et à préserver les ressources du système. « À la fin des années quatre‑vingt‑dix, Cuba était l’un des premiers pays à disposer de ce genre de technologie fondée sur la connexion Internet », affirme M. Rodriguez, en parlant de son travail de pionnier.

Il a communiqué avec M. Grant Pierce, directeur général de la recherche à l’Hôpital Saint‑Boniface, pour lui exprimer son intérêt pour la recherche clinique qui se faisait à Winnipeg. En quelques mois, une relation officielle était établie et, depuis, M. Rodriguez fait des va-et-vient entre Winnipeg et Holguin : travail clinique à Cuba, recherche à Winnipeg.

M. Rodriguez se souvient de son arrivée en décembre 2001 : « J’ai quitté Cuba, où il faisait plus de 36 degrés, pour arriver ici par 42 degrés sous zéro. Je suis arrivé à l’aéroport de Winnipeg en habit; heureusement, M. Pierce avait apporté un gros, gros manteau d’hiver qui m’a sauvé la vie. »

Évidemment, s’il suffisait d’un manteau pour sauver une vie, la médecine serait facile. Ce qui passionne M. Rodriguez, c’est de sauver des vies grâce à la recherche, la technologie et l’application du nouveau savoir dans une nouvelle pratique.

Pour M. Rodriguez, la clé est la prévention de la maladie, un principe fondamental dans le réseau de santé réputé de Cuba. Le système cubain assigne même des gens qui vont de maison en maison pour poser des questions aux habitants et évaluer leur niveau de risque de contracter une maladie chronique.

« Ici (au Canada), on se concentre parfois sur le traitement plutôt que sur la prévention. », explique M. Rodriguez, en parlant de la différence entre les deux systèmes. Cela dit, il observe un changement dans la médecine en Amérique du Nord, « où l’on se tourne de plus en plus vers la prévention, la modification du mode de vie, l’activité physique, l’alimentation saine et le maintien d’un poids santé. »

Depuis qu’il est arrivé à l’hôpital Saint‑Boniface, M. Rodriguez s’est particulièrement intéressé au rôle de la nutrition dans la prévention et le traitement des maladies et a participé activement aux travaux de M. Pierce sur la graine de lin et l’hypertension.

Un autre grand sujet d’intérêt pour M. Rodriguez consiste à trouver des façons d’aider la communauté médicale mondiale à mettre plus rapidement en pratique le nouveau savoir issu des travaux de recherche. On parle ici d’un homme qui a obtenu son doctorat à 24 ans, a mis sur pied un réseau national de cardiologie à Cuba en quelques années seulement et décidé de planter des racines à Winnipeg cinq mois après sa première visite dans cette ville (quand les choses doivent se faire, il aime qu’elles se concrétisent rapidement).

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« Nous avons de brillants scientifiques ici; c’est fantastique le nouveau savoir qu’ils développent dans le domaine des traitements et du diagnostic des maladies cardiovasculaires. Parfois, cela nous prend trop de temps avant de pouvoir utiliser les percées qu’ils font et les appliquer dans le monde réel en médecine », dit‑il en parlant du défi mondial. Un des principaux domaines que nous essayons de développer en ce moment, c’est l’application des connaissances en cardiologie. Nous voulons que les percées en recherche fondamentale soient appliquées plus rapidement en clinique, pour que nous puissions les utiliser en prévention et pour mieux traiter nos patients. De cette manière, nous réduisons la mortalité. Non seulement les gens qui survivent à un accident cardiovasculaire vivent plus longtemps, mais ils ont une meilleure qualité de vie. »

Un autre sujet qui intéresse particulièrement M. Rodriguez est le potentiel que recèlent les technologies de diagnostic non invasives pour procurer aux médecins des renseignements précis et complets, avec un risque minimal pour le patient. Le plus passionnant, c’est que M. Rodriguez travaille avec des appareils que les patients à haut risque peuvent porter sur eux. Grâce aux percées rapides dans la technologie des appareils portables, des appareils que l’on porte sur soi à la maison peuvent mesurer la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène, l’activité électrique du cœur, et autres, et transmettre cette information en temps réel.

« L’idée, c’est d’essayer de montrer qu’en portant certains de ces appareils, on peut prévenir la mortalité chez les patients à haut risque, explique M. Rodriguez. Nous avons un patient, par exemple, qui fera une crise cardiaque un jour ou l’autre; nous le savons parce qu’il présente certaines variables associées aux infarctus. En utilisant certains renseignements fournis en temps réel par ces appareils portables, nous pouvons savoir à quel moment la crise cardiaque aura lieu, et la prévenir. »

Comme certains patients portent des appareils pour de longues durées, et que ces appareils transmettent des données en temps réel dans le nuage, M. Rodriguez et ses collègues sont en mesure d’abaisser le taux de mortalité et d’accroître l’espérance de vie en réduisant le nombre des incidents graves. Il s’agit d’une utilisation remarquable et très prometteuse de la technologie.

Ce potentiel, combiné à la possibilité de travailler avec des partenaires extraordinaires à l’Hôpital Saint‑Boniface, rend certainement les va-et-vient exigeants entre son pays d’origine et son pays d’adoption plus faciles à accepter pour M. Rodriguez.

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