Comprendre la maladie et les liens

Comment s’inspirer d’un traumatisme subit durant l’enfance

Le Dr Gordon Glazner a appris personnellement ce qu’est la puissance de l’esprit humain à l’âge de cinq ans, alors qu’il était gravement asthmatique et allergique. Non seulement l’a-t-il apprise, mais il en a également fait la démonstration.

Il était l’un des 14 enfants soignés dans une unité spéciale du National Jewish Hospital de Denver, au Colorado, un centre important dans le domaine de la santé respiratoire.

Je me souviens avoir été tellement mal en point une nuit, que j’ai dû ramper hors de mon lit et taper contre la porte pour qu’on m’aide », raconte le Dr Glazner, chercheur principal, Division des troubles neurodégénératifs du Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface.

À la fin de cette année où il vivait à l’hôpital, le Dr Glazner était le seul enfant de son groupe à survivre. Par ailleurs, le pronostic qu’on lui a fait était loin d’être rose. « Ils ont dit que je pourrais présenter un arrêt de croissance prématuré, que j’aurais probablement besoin d’un fauteuil roulant et qu’il y avait fort peu de chances que je survive au-delà de mes 16 ans », poursuit-il.

À l’âge de la puberté, son état s’est toutefois considérablement amélioré, aucune menace ne pesait plus sur sa survie et l’ancien gardien de sécurité pourrait aujourd’hui difficilement être qualifié de « chétif ». Or, si cette expérience lui a appris à surmonter l’adversité, elle lui a également permis de découvrir une fascination pour la maladie, un facteur qui, de toute évidence, a nourri sa passion de scientifique.

Cependant, ce pronostic de mauvaise santé a également contribué à son mépris de l’école et à l’abandon des études universitaires. Planifier une carrière ne faisait tout simplement pas partie de ses priorités.

« J’ai failli ne pas terminer mes études secondaires. Je détestais l’école et ne voulais pas aller au collège », lance-t-il.

« J’ai failli ne pas terminer mes études secondaires. Je détestais l’école et ne voulais pas aller au collège. »

Un fier-à-bras

Le Dr Glazner a fini par apprendre comment réparer des téléviseurs, mais après quelques années de ce travail, il a compris que ce métier n’était pas fait pour lui. Il a donc quitté le ranch familial et filé jusqu’à Pueblo, au Colorado, pour étudier la biologie et la chimie. Les premières années n’ont pas été faciles, jusqu’au jour où il est entré dans le laboratoire du Dr Paul Kulkosky.

Le Dr Glazner était curieux de savoir ce qui s’y passait et a demandé au Dr Kulkosky du travail. « Il m’a regardé, même si j’étais en quelque sorte un fier-à-bras et a refusé. » Ainsi, au lieu d’effectuer des travaux de recherche dans le laboratoire comme il le souhaitait, le Dr Glazner a demandé d’y laver le matériel.

« Pendant que je lavais le matériel de laboratoire, j’ai lu ses documents, rédigé une proposition et la lui ai présentée », se souvient-il. « Le Dr Kulkosky m’a demandé : Qui a rédigé cette proposition pour toi? parce que, manifestement, un fier-à-bras comme moi était incapable de produire quelque chose de semblable. »

Le Dr Kulkosky a finalement embauché le Dr Glazner et lui a servi de mentor. Sa carrière comme chercheur qui transformerait le monde était en marche.

« Dès que je suis entré dans le laboratoire, c’était réglé! J’ai commencé à avoir d’excellentes notes, moi qui auparavant n’avais jamais obtenu un « A ». Aussitôt que j’ai commencé à faire de la recherche, j’ai eu une révélation », assure-t-il. « C’était la passion que je cherchais. Ensuite, tout ce que je voulais, c’était faire de la recherche. »

Le lien manquant

Aujourd’hui, le Dr Glazner, un résident de Transcona, dirige une équipe au Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface qui étudie la relation entre le diabète et la maladie d’Alzheimer.

Au départ, sa recherche ne portait que sur la maladie d’Alzheimer et la démence. Une collaboration avec un collègue en Angleterre leur a permis de découvrir une substance chimique particulière qui joue un rôle important dans la maladie d’Alzheimer et le diabète. Aujourd’hui, le Dr Glazner et ses collaborateurs étudient ce lien et croient fermement que les personnes atteintes de diabète de type 2 sont beaucoup plus susceptibles que les autres de développer la maladie d’Alzheimer.

Plus important encore, la recherche du Dr Glazner pourrait modifier la progression des deux maladies. Ils ont observé que la substance chimique qu’ils avaient découverte, qui stimule la production de l’insuline dans le cerveau, a le même effet lorsqu’elle est injectée dans le foie. « Nous tentons donc maintenant de déterminer si cette substance chimique injectée dans le pancréas pourrait rendre une personne plus sensible à l’insuline », explique le Dr Glazner. « Cela pourrait mener à un traitement direct du diabète. »

Durant les expériences, des souris de laboratoire atteintes de la maladie d’Alzheimer ont été croisées avec des souris diabétiques. Le résultat? Les deux groupes de souris étaient en meilleure santé, confirmant ainsi l’existence d’un lien chimique. Pour le Dr Glazner, il s’agit avant tout d’effectuer davantage de recherche, de se rendre aux essais précliniques et de prévoir l’imprévisible, car c’est là que se font les découvertes les plus importantes.

« On ne sait pas où ça mène. Il faut suivre la science, ne pas la diriger », poursuit-il.

Grand-papa Glazner

Bien que le Dr Glazner suive la science, il suit aussi sa passion, une passion inspirée en partie par les liens étroits qu’il a développés avec son grand-père aujourd’hui décédé.

« Mon grand-père est né et à grandi dans les Ozarks pendant la Crise. Il était probablement la seule personne de sa famille qui savait lire. Il était d’une force incroyable et physiquement vigoureux. Même âgé de plus de 70 ans, après une longue journée à travailler aux champs, il prenait une pause pour le lunch, puis allait lever des poids dans la grange », raconte le Dr Glazner. « Il est resté en santé jusqu’à ce que la maladie d’Alzheimer s’installe et qu’il décède, il y a environ 20 ans. J’ai consulté son dossier médical et il semble qu’il ait souffert d’une démence vasculaire, un trouble que nous savons à présent associé au diabète de type 2. Il aurait pu être traité et survivre. On nous a plutôt conseillé de mettre de l’ordre dans ses affaires. »

Cet événement a poussé le Dr Glazner vers la recherche neurologique et les leçons de grand-papa Glazner se cachent derrière son succès.

« Il était un formidable orateur et conteur. Il pouvait raconter trois fois la même histoire et toujours la rendre divertissante. Il m’a appris à être sociable et ouvert », assure le Dr Glazner, qui donne un cours sur la rédaction de propositions de subvention de recherche. « J’ai grandi avec des cols bleus et des agriculteurs, et je sais comment communiquer avec les gens. En tant que scientifique, je dois être capable d’expliquer en quoi consiste mon travail pour que les gens le comprennent. Ce type de communication nous aide à obtenir des subventions et à faire des exposés devant un public. »

Et c’est un public, poursuit le Dr Glazner, qui se soucie beaucoup de la collectivité et de la recherche en santé. En 2000, il s’est vu offrir du travail à Winnipeg après avoir accepté un poste dans le sud de la Californie qu’il ne devait occuper que six mois plus tard. Il se trouvait à Winnipeg pour terminer un projet avec un collègue.

« J’ai été renversé de constater comment une collectivité de cette taille pouvait construire un centre de recherche de ce genre et stupéfait par le niveau des dons », affirme le Dr Glazner. « On m’a proposé du travail ici et j’étais heureux de rester. »

Pour en savoir plus sur le Dr Gordon Glazner: sbrc.ca/glazner 

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