Pour comprendre l’alimentation et la santé rénale

Modifier l’incidence des « lipides bioactifs »

« Ils maintiennent la paroi de la voie gastro‑intestinale et régularisent le sommeil. Ils font tout simplement beaucoup de choses. »

Harold Aukema ne s’en rendait pas compte à l’époque, mais le fait d’avoir grandi dans une famille d’agriculteurs du sud de l’Ontario a été le terrain fertile qui l’a mené à une carrière enrichissante en recherche médicale.

« À la ferme, on est toujours en train d’arranger quelque chose et d’essayer de comprendre comment ça fonctionne », dit M. Aukema, chercheur principal en lipidomique nutritionnelle au Centre canadien de recherches agroalimentaires en santé et médecine (CCRASM)). « En y réfléchissant, je me suis demandé : “ Mais qu’est‑ce qui m’a attiré vers la recherche? ” Il faut toujours chercher des solutions à des problèmes… et il y a toujours une solution. Il y a toujours moyen de comprendre comment ça fonctionne. Je pense que c’est ce qui m’a vraiment attiré. »

Son intérêt pour la recherche s’est précisé alors qu’il était stagiaire d’été dans un laboratoire de l’Université de Guelph et qu’il observait son supérieur, se disant à lui‑même : « Je veux son emploi. » Il est tombé en amour avec l’idée de simplement trouver comment fonctionnent les choses.

Ces jours‑ci, dans leurs laboratoires du Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint‑Boniface et de l’Université du Manitoba, M. Aukema et ses collègues cherchent à comprendre les oxylipines, un ensemble complexe et important de lipides bioactifs qui se forment à partir des acides gras. En particulier, ils s’efforcent de déterminer comment l’alimentation, la nutrition et les aliments fonctionnels influent sur la production de ces lipides bioactifs.

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Quel rôle ces lipides bioactifs jouent‑ils dans le corps?

« Ces lipides bioactifs (oxylipines) jouent un rôle tout autant dans le contrôle de la douleur et de l’inflammation que dans la régulation de la tension artérielle. En fait, ils peuvent aussi bien abaisser qu’élever la tension artérielle, tout dépendant de ceux qui entrent en jeu et des acides gras dont ils proviennent, explique M. Aukema. Ils régularisent les fonctions rénales et contribuent à la bonne santé de la voie gastro‑intestinale. Ils maintiennent la paroi de la voie gastro‑intestinale et régularisent le sommeil. Ils font tout simplement beaucoup de choses. »

Leurs travaux visent à comprendre comment les aliments que nous consommons pourraient modifier la production et améliorer la fonction de ces lipides bioactifs.

« La façon la plus simple de se représenter tout ce que font ces lipides bioactifs est probablement de prendre comme exemple l’aspirine, explique M. Aukema. L’aspirine agit en bloquant ceux de ces lipides bioactifs qui ont un lien avec la douleur et l’inflammation. En gros, vous en bloquez certains, et votre mal de tête ou votre inflammation diminue. C’est là l’une des façons de faire en prenant un médicament comme l’aspirine. En mangeant différents aliments et différents gras, vous allez aussi modifier le profil des lipides bioactifs. »

Le Dr Aukema et son équipe se sont penchés sur des interventions d’ordre diététique comme l’huile de poisson, la protéine de soya, le lin alimentaire et l’huile de colza. En observant le comportement de 150 lipides bioactifs différents, ils ont découvert que les huiles végétales riches en acides gras oméga‑3 (comme l’huile de lin) peuvent ralentir la progression des affections rénales. Un autre aspect de leurs travaux consiste à étudier l’incidence d’une alimentation riche en protéines sur la santé rénale. Les résultats semblent indiquer que si une alimentation riche en protéines peut avoir des effets positifs sur la composition de l’organisme, elle peut toutefois présenter des risques pour la santé rénale, surtout chez les personnes obèses.

Leur découverte entourant l’huile de lin pourrait être particulièrement importante pour les rares cas de maladie kystique des reins, une maladie qui peut provoquer l’insuffisance rénale chez les malades dès la vingtaine. Avec un régime alimentaire adéquat et une bonne médication, il pourrait être possible de retarder l’insuffisance rénale en modifiant le profil des lipides bioactifs de l’organisme.

Les premiers travaux ont été réalisés en bonne partie en partenariat avec une université japonaise qui avait envoyé un chercheur invité à l’Hôpital Saint‑Boniface pour trois ans. Les deux universités recherchent maintenant d’autres façons de travailler ensemble à l’avancement de ces recherches complexes et parfois ardues.

« Nous passons notre vie à tenter de séparer des choses que nous ne pouvons pas voir. Elles sont si petites. Vous ne verrez jamais les molécules. Elles sont tout simplement minuscules. Nous observons des choses qui pèsent un milliardième de gramme, dit M. Aukema. Ce sont des choses qui régularisent les processus qui se passent dans notre corps. »

Ce travail exige de la patience et de l’équipement sophistiqué. Il faut aussi une grande équipe et le financement nécessaire pour en maintenir les membres en emploi à long terme.

« Il est certain que nous savons à quel point il est difficile d’obtenir du financement, et donc chaque fois que quelqu’un nous arrive et nous dit : “ Hé, nous comprenons l’importance de ce que vous faites ”, nous sommes emballés. Ça nous aide à élargir notre projet de recherche, dit M. Aukema. Et quand des donateurs privés nous font des dons pour la recherche et nous disent : “ Voici, vous faites du bon travail dans ce domaine. Continuez. Je ne vais pas vous dire quoi faire et je ne vais pas vous dire quels résultats je veux voir, mais je veux que vous fassiez quelque chose, de toute évidence. ” C’est fantastique. Cela représente une partie importante de la manière de fonctionner de cette institution et des universités publiques. Les fonds publics sont précieux. »

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