Un esprit fertile, de grandes réalisations

Célébrons une légende de la médecine canadienne

« Je me suis dit qu’au lieu de rouspéter, on pouvait faire preuve de créativité »

Dans son laboratoire, le Dr Henry Friesen a fait progresser le traitement de l’infertilité féminine. Dans la communauté, il a contribué à changer l’empreinte et l’identité de l’Hôpital Saint-Boniface. Dans les coulisses du pouvoir, il a contribué à transformer la façon dont la recherche médicale est perçue et financée au Canada.

Ce pionnier de la médecine et professeur distingué émérite de l’Université du Manitoba, maintenant octogénaire, est né à Morden. Il fait une réflexion sur sa carrière dynamique et sa passion pour la recherche.

À la suite de ses études secondaires à Winnipeg, Henry Friesen a étudié la médecine à l’Université du Manitoba. Après l’obtention de son diplôme et la fin de sa résidence clinique, le Dr Friesen a écouté les conseils de ses professeurs et s’est tourné vers le milieu de la recherche, en endocrinologie plus précisément, soit l’étude des hormones.

Sa curiosité et sa passion pour l’enrichissement du savoir ont été fortement inspirées par le professeur Joseph Doupe. « Il avait un style d’enseignement unique qui laissait transparaître un profond scepticisme face à l’écrit, explique le Dr Friesen, membre du Temple de la renommée médicale canadienne. Il encourageait ses étudiants à ne pas accepter sans réserve tout ce qui est dit, ce qui est le véritable fondement de la recherche. »

Dans le cadre de son travail au New England Center Hospital et à la Tufts University de Boston, puis à l’Université McGill et à l’Hôpital Royal Victoria de Montréal, le scepticisme et le travail acharné du Dr Friesen ont mené à d’importantes découvertes liées aux hormones, la plus significative ayant été la découverte de la prolactine humaine en 1970.

La prolactine, sécrétée par l’hypophyse, est une protéine ayant diverses fonctions dans l’organisme. Elle est fortement liée à la fertilité et à la capacité d’une femme de produire du lait. Environ un quart des femmes infertiles ont des taux anormalement élevés de prolactine. Grâce à sa collaboration avec une entreprise suisse, le Dr Friesen a pu démontrer qu’un médicament appelé bromocriptine permettait de contrôler la surproduction de prolactine et de réduire la taille de tumeurs liées spécifiquement à l’hypophyse, permettant ainsi un éventail de possibilités médicales pour les femmes.

Le Dr Friesen a suivi une formation rigoureuse en recherche de pointe dans le domaine de l’endocrinologie au New England Center Hospital de Boston. Son année comme professeur adjoint à la faculté de médecine de la Tufts University a été suivie de sa nomination à l’Université McGill où le Dr Friesen a rapidement gravi les échelons pour devenir professeur titulaire en médecine expérimentale. Durant cette période, il a reçu une bourse de membre associé du Conseil de recherches médicales du Canada, soit la plus importante bourse de carrière accordée par cet organisme.

En 1973, le Dr Friesen n’a pu refuser l’invitation à retourner dans sa province d’origine pour diriger le département de physiologie de l’Université du Manitoba. Le Dr Friesen a alors recruté de grands chercheurs et théoriciens qui ont travaillé ensemble pour créer une « base d’opérations » qui est devenue au fil du temps l’établissement désormais connu sous le nom de Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint-Boniface.

Le Dr Friesen a été reconnu à l’échelle nationale comme un précurseur de la promotion de la recherche médicale. Il a été invité en 1991 à présider l’organisme qui portait à l’époque le nom de Conseil de recherches médicales du Canada, le principal organisme fédéral qui finançait la recherche médicale.

« Je savais qu’il s’agissait d’une occasion à ne pas rater, dit-il. Je croyais que la recherche était le moyen qui permettrait d’améliorer nos connaissances des maladies. Les retombées des découvertes ont eu d’importants effets sur la pratique de la médecine. Il suffit de voir à quel point nous savions si peu de choses lorsque j’ai terminé mes études comparativement à ce que nous savons aujourd’hui. Dans certains domaines, c’est tout simplement le jour et la nuit. En fait, lorsque j’ai obtenu mon diplôme en 1958, les connaissances dans certains domaines étaient rudimentaires. »

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Au moment de sa nomination, le budget du Conseil s’élevait à environ 200 millions de dollars et le gouvernement était déterminé à réduire le déficit fédéral. Pour le Dr Friesen, ce montant n’était pas suffisant pour réellement atteindre des objectifs ambitieux. « Je me suis dit qu’au lieu de rouspéter, on pouvait faire preuve de créativité », dit-il.

Sous la direction du Dr Friesen, le Conseil a lancé un fonds de travailleurs pour les découvertes médicales canadiennes et a aussi conclu des partenariats avec l’industrie pharmaceutique. Grâce aux efforts du Dr Friesen et de ses collègues, le Conseil a été en mesure de doubler son budget quinquennal et de faire des investissements importants dans la recherche médicale.

Lorsque le gouvernement a réussi à résorber le déficit, à générer un excédent et à augmenter les investissements dans l’innovation, le Dr Friesen a saisi l’occasion en demandant une transformation radicale du Conseil de recherches médicales du Canada.

« Le Conseil avait pour fondement la recherche biomédicale. Il s’agit de toute évidence d’un élément clé pour la compréhension fondamentale du fonctionnement de l’organisme et des cellules, explique le Dr Friesen. Mais quand on y pense, la santé n’est pas une simple question de cellules. C’est une question de nutrition, de logement et de déterminants sociaux de la santé. Par conséquent, un portefeuille modernisé pour la recherche en santé ne devrait pas simplement porter sur les composantes cellulaires et biomédicales. »

Le Dr Friesen a donc défendu sans relâche sa vision d’une infrastructure nationale solide, bien financée et diversifiée pour la recherche médicale. Il a comparé sa vision en matière de recherche en santé à celle du premier ministre Sir John A. Macdonald concernant le chemin de fer national pour relier le pays. Son message au ministre de la Santé Allan Rock était convaincant : « Ne serait-ce pas souhaitable, dans notre monde moderne, d’avoir une plateforme pancanadienne de recherche en santé, interreliée, unie, intégrée et faisant partie intégrante de notre système de santé? Elle pourrait être un héritage laissé par le gouvernement pour l’avenir des Canadiens et de leur système de santé. »

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Le Dr Friesen a eu du succès dans la poursuite et la promotion de sa vision. En 2000, le Parlement a fondé les Instituts de recherche en santé du Canada, un réseau de 13 instituts ayant pour mission de « créer de nouvelles connaissances scientifiques et d’en favoriser l’application en vue d’améliorer la santé, d’offrir de meilleurs produits et services de santé, et de renforcer le système de soins de santé au Canada ». Grâce à une augmentation importante du budget et à un vaste mandat, les IRSC ont permis au Canada de faire progresser la recherche en santé.

Bien que le travail du Dr Friesen ait eu des retombées d’envergure nationale, sa présence à l’échelle locale a aussi été considérable. Bien qu’il déclare n’avoir joué qu’un rôle modeste dans l’établissement du Centre de recherche à l’Hôpital Saint-Boniface, il a été un acteur influent dans la création de ce Centre en 1987.

« Si on veut passer du statut d’hôpital communautaire, d’un bon hôpital communautaire, d’un excellent hôpital communautaire, à celui de contributeur moderne faisant partie du système de santé et d’enseignement, il faut avoir une assise scientifique et une base en recherche, mentionne le DFriesen. Selon ce dernier, un programme de recherche dynamique et bien financé attire des chercheurs réputés et des partenaires internationaux chevronnés.

Bien que le Dr Friesen ait poursuivi une carrière riche en découvertes et en actions, il sait reconnaître le véritable point de mire de son travail. « Au final, tout est fait pour les patients. Ils sont notre but ultime. Les bénéfices qui découlent d’une nouvelle découverte et d’une nouvelle connaissance profitent en réalité aux patients. »

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