Un espoir pour le cœur

Contribuer à la création d’un réseau en recherche essentielle

Le père de Mme Hope Anderson ne lui a jamais dit précisément quel cheminement de carrière elle devait suivre, mais il lui a fait clairement indiquer la voie – bien que de façon non intentionnelle.

« Au cours de ma quatrième année d’études de premier cycle, j’en étais presque à la fin de ma deuxième ronde d’examens finaux. C’est alors que j’ai reçu de Regina un appel m’apprenant que mon père avait subi deux infarctus du myocarde, ou deux crises cardiaques si vous voulez. C’était grave. J’étais ici, au Manitoba, et ils étaient là‑bas, en Saskatchewan », se rappelle Mme Anderson, chercheuse principale en biologie vasculaire au Centre canadien de recherches agroalimentaires en santé et médecine (CCRASM) du Centre de recherche de l’Hôpital Saint‑Boniface. « Il a survécu, mais on nous a dit que s’il ne subissait pas une greffe du cœur dans les deux prochaines années, alors le pronostic était mauvais. Pour aller droit au but, disons qu’il est encore vivant aujourd’hui. »

Cet événement a été un tournant pour Mme Anderson. Non seulement était‑elle sur le point de faire les examens de l’Université du Manitoba, mais elle essayait aussi de décider de ce qu’elle ferait de son diplôme en sciences.

« Je crois dans la recherche et je crois aussi que sans la recherche, j’aurais perdu mon père depuis plusieurs années. »

« J’avais le choix entre une multitude de disciplines, mais à l’époque, pour des raisons évidentes, je me suis laissé tenter par la recherche cardiovasculaire », dit‑elle.

Un rétablissement miraculeux

Son père n’a pas subi une greffe immédiate, mais s’est bien rétabli de ses crises cardiaques malgré son insuffisance cardiaque. Un certain nombre d’années plus tard, Mme Anderson était en formation à San Francisco lorsqu’elle a reçu un appel. Cette fois, ses parents vivaient à Kelowna. Au téléphone, l’infirmière lui a dit de venir rapidement pour faire ses adieux à son père qui venait de subir un arrêt cardiaque et dont le pronostic était sombre.

Une fois de plus, contre toute attente, il a survécu. Mme Anderson se rappelle avoir vu le médecin traitant gribouiller sur le graphique de son père une note disant « rétablissement miraculeux ».

Cela se passait en 2001. C’était l’année de son mariage, à l’occasion duquel elle a dansé avec son père.

Vers 2007, il était évident que la greffe ne pouvait plus attendre. L’intervention complexe a été une réussite, et « il se porte encore très bien ».

« Je crois dans la recherche et je crois aussi que sans la recherche, j’aurais perdu mon père depuis plusieurs années, dit Mme Anderson. Il a connu tous ses petits‑enfants. Ça a été fantastique! Pour ma part, je suis résolue à poursuivre dans ce domaine. »

Les recherches de Mme Anderson portent essentiellement sur la maladie cardiovasculaire, sur ses causes et sur les moyens à prendre pour la prévenir ou en retarder l’évolution.

Hypertrophie

« L’un des aspects qui retiennent tout particulièrement notre attention est le concept d’hypertrophie cardiaque, explique Mme Anderson. Lorsque le cœur est soumis à un stress, il réagit à ce stress ou à la lésion en prenant du volume – d’où l’hypertrophie. Ça peut être normal, comme chez les sportifs, ou ça peut être anormal, quand ça se produit en réaction à des facteurs de stress comme l’hypertension artérielle ou une crise cardiaque. »

Mme Anderson et ses collègues recherchent de nouvelles façons d’enrayer l’augmentation du volume cardiaque – ou l’hypertrophie – causée par des facteurs de stress, ce qui, selon elle, pourrait réduire l’incidence de l’insuffisance cardiaque.

L’un des aspects essentiels des travaux de laboratoire de Mme Anderson est l’étude de l’incidence potentielle des interventions diététiques et des nutraceutiques (aliments fortifiés ou suppléments dérivés d’aliments pouvant servir à traiter ou à prévenir des maladies).

« Pour le moment, nous concentrons nos recherches sur le resvératrol et sur des substances similaires ainsi que sur leurs effets sur le cœur et sur les vaisseaux sanguins dans les cas d’hypertension et de maladie cardiaque, dit‑elle. C’est un aspect très important de nos travaux de laboratoire actuels. »

Le resvératrol est une substance présente dans la peau des raisins de couleur foncée et de nombreuses baies, et qui est reconnue pour ses propriétés antioxydantes.

« Tâter le terrain »

Et si Mme Anderson croit aujourd’hui au potentiel des nutraceutiques, sachez qu’il s’agit là d’un terme dont elle ne connaissait même pas l’existence il y a à peine plus d’une décennie. Un soir, à San Francisco, alors que ses collègues étudiants étaient allés voir un match de baseball des Giants, elle a vu sur le Web une offre d’emploi au CCRASM, à Winnipeg.

« J’avais suivi une formation en recherche biomédicale, mais le poste s’adressait à un chercheur biomédical intéressé par la recherche sur les nutraceutiques, ou aliments fonctionnels », se rappelle‑t‑elle. Elle a alors décidé de « tâter le terrain » en envoyant un courriel au Dr Grant Pierce, alors président du comité de sélection, et maintenant directeur général de la recherche à l’Hôpital Saint‑Boniface.

Un geste passablement audacieux de la part de Mme Anderson, compte tenu du fait qu’elle n’avait alors aucune espèce d’idée de ce qu’étaient les nutraceutiques, au point d’avoir dû faire une recherche avant d’envoyer son courriel.

Dans les minutes qui ont suivi la réception de son courriel, le Dr Pierce l’a appelée, intrigué par ses compétences. Il lui a rappelé qu’elle devait soumettre sa candidature dans deux jours et l’accompagner d’un plan de recherche quinquennal. Bref, elle s’en est sortie, a été embauchée, a déménagé de nouveau à Winnipeg et est demeurée attachée à s’inspirer des nutraceutiques pour faire progresser ses recherches dans le domaine cardiovasculaire.

Bien qu’elle soit fière des travaux réalisés au CCRASM avec ses collègues, Mme Anderson sait que les progrès sont impossibles lorsqu’on travaille en vase clos. Les recherches en cours partout dans le monde doivent être mises en commun pour que la réussite soit complète.

« Je crois qu’il est nécessaire de contribuer à la création d’un bassin de savoir, dit‑elle. Je crois que c’est important. Même si nous ne comprenons pas encore ce que nous pouvons faire de ce bassin de savoir, nous devons continuer d’en favoriser la croissance avant d’être réellement en mesure de comprendre comment peuvent s’agencer autrement les différents morceaux du casse-tête. »

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