Garder le moteur en bon état

Des recherches innovatrices axées sur la guérison
des lésions cardiaques

Il est plutôt ironique d’apprendre que le Dr Ian Dixon possède un véhicule Ford 1950 d’une demi-tonne dont le moteur tourne toujours. Après tout, ses recherches visent à garder le moteur humain, soit le cœur, en bon état de fonctionner, malgré les maladies et les accidents cardiaques.

Plus précisément, le Dr Dixon et son équipe cherchent à ralentir la progression de la fibrose présente dans la plupart des maladies cardiaques. La fibrose est l’épaississement des tissus qui se produit généralement à la suite d’une maladie ou d’une lésion, y compris les crises cardiaques. Dans le cas d’une crise cardiaque ou d’autres problèmes cardiaques, la fibrose limite la capacité de pompage du cœur. Les recherches visent à préserver et même à améliorer la fonction cardiaque.

« Je m’intéressais à ce qui arrivait aux gens après avoir survécu à une importante crise cardiaque, car cela arrive de plus en plus souvent, explique le Dr Dixon, chercheur principal en cardiologie moléculaire, au Centre de recherche de l’Hôpital Saint‑Boniface. Lorsqu’on fait une crise cardiaque majeure ou un infarctus du myocarde, on peut être traité et mis hors de danger durant la phase aiguë, et réussir à passer une ou deux semaines sans succomber. Ensuite, le cœur devient comme par magie un peu plus fort et s’accroche. Toutefois, l’importance initiale de l’accident ou des lésions à la paroi ventriculaire est cruciale. »

La taille de l’infarctus initial (la masse spécifique de tissu mort en raison de l’interruption du débit sanguin) a des répercussions directes sur la qualité de vie.

« J’aimerais comprendre pourquoi la taille initiale de l’infarctus est si importante. Pourquoi nous aboutissons à une insuffisance cardiaque progressive. »

La cicatrisation du cœur

« Quelque chose cloche et la qualité de vie peut en être diminuée. Quelqu’un qui aime marcher longtemps, promener des enfants dans une voiturette, ou faire des choses qui exigent un certain effort perd soudainement cette capacité, ajoute le Dr Dixon qui travaille à Saint-Boniface depuis plus de 20 ans. J’aimerais comprendre pourquoi la taille initiale de l’infarctus est si importante. Pourquoi nous aboutissons à une insuffisance cardiaque progressive. La triste réalité est que lorsque l’infarctus atteint une certaine taille, dans les cinq années qui suivent, à supposer que tout le monde survive à la phase aiguë, la moitié de ces personnes seront mortes au bout de cinq ans, malgré tous les médicaments dont nous disposons, et nous en avons un très grand nombre à notre disposition. Nous avons beaucoup de médicaments pour aider les gens à compenser. »

Selon le Dr Dixon, la difficulté repose sur le fait que la cicatrisation du cœur diffère de la cicatrisation des autres parties de l’organisme. Par exemple, dans le cas d’une lésion cutanée, la peau se répare et les choses en restent là. « Avec le cœur, la réparation se fait, mais elle ne s’arrête pas, ce qui est une mauvaise chose. Il se produit alors une expansion de l’infarctus. La cicatrice grossit de plus en plus, et elle change la géométrie de ce muscle ventriculaire creux, soit le cœur, au point où il n’arrive plus à se remplir et à se vider adéquatement », ajoute-t-il.

Le laboratoire du Dr Dixon essaie de comprendre pourquoi les lésions cardiaques guérissent différemment, et de déterminer ce qui pourrait être fait à ce sujet. L’accent est mis sur deux protéines d’origine naturelle, les protéines Smad7 et c-Ski. En modifiant la fonction de ces protéines à l’aide d’un nouveau médicament, il pourrait être possible de ralentir la fibrose et d’améliorer la guérison du cœur, après une crise cardiaque.

La fibrose n’a pas été le premier choix du Dr Dixon pour orienter ses recherches. Il y a plusieurs années, il a reçu du financement pour travailler à un sujet entièrement différent, à l’Université de Toronto. Tout juste deux mois après le début des travaux, une université américaine publiait un article sur ce même sujet. « Ils avaient environ un an et demi d’avance sur nous, ce qui nous a complètement anéantis. La publication portait exactement sur nos recherches et ne nous laissait aucune marge de manœuvre, souligne-t-il. Le cœur n’y était plus (si on peut dire), mais son patron de l’époque, Michael Sole, a suggéré au DDixon de se concentrer sur la fibrose, car très peu de recherche était faite à ce sujet.

Nous connaissons la suite des choses.

La vision du Dr Dixon pour le Canada

À l’époque (vers 1991), seulement quelques laboratoires au Canada s’intéressaient à la fibrose cardiaque. Aujourd’hui, on en compte plus d’une centaine. Le Dr Dixon et ses collègues de Saint-Boniface, notamment d’autres chercheurs principaux, sont vus comme des chefs de file dans le domaine. En fait, le Dr Dixon dirige le MatriNET, le Réseau de remodelage des matrices et des tissus. Le MatriNET est un réseau haut de gamme réunissant 17 institutions canadiennes de pointe qui veulent percer les mystères liés à la fibrose et à la santé cardiaque.

Le MatriNET souhaite être reconnu par les Réseaux de centres d’excellence (RCE), une désignation du gouvernement fédéral qui ouvrirait la porte à un meilleur financement et à une plus grande visibilité. Le Dr Dixon a présenté une lettre d’intention aux RCE, soit l’une des 83 lettres reçues à l’été 2014. Le MatriNET a franchi une première étape. Il fait partie des 10 demandeurs invités à présenter une demande complète.

Un réseau réputé et bien financé permettrait à la recherche sur la fibrose d’avancer beaucoup plus rapidement, alors que différents spécialistes et experts collaboreraient dans tout le pays. Il permettrait aussi de passer des travaux de recherche fondamentale à des solutions appliquées pour les patients cardiaques.

« L’idée que le Canada puisse dépasser de nombreux pays dans ce domaine me stimule. Je pense que nous pouvons y arriver au Canada, et je pense que le Canada a beaucoup d’avantages par rapport à d’autres pays, affirme le Dr Dixon. Nous sommes petits; nous pouvons bouger rapidement. »

Grâce à la reconnaissance des RCE et au travail du Dr Dixon et de ses collègues de Saint‑Boniface, le moteur de la recherche continuera de tourner.

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