L’excellence en recherche dès le départ

Réflexions sur les premiers temps du Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint‑Boniface

« Il m’a ri au nez. J’ai décidé que c’était la dernière fois que quelqu’un me riait au nez. »

En mai 2016, Dr John Foerster a été intronisé au temple de la renommée de la recherche de l’Hôpital Saint‑Boniface. Il s’agit d’un honneur de plus pour ce pionnier de la recherche médicale au Manitoba, qui a aussi reçu le Prix international de la Fondation de l’Hôpital Saint‑Boniface et un prix honorant les anciens étudiants de l’Université du Manitoba – les deux en 2006.

Dr Foerster est respecté non seulement pour son travail en hématologie (maladies du sang) et en oncologie (traitement et étude du cancer), mais on l’admire aussi pour ses qualités d’administrateur et pour sa capacité à attirer des fonds et des chercheurs de pointe.

Après des études de médecine à Winnipeg, Salt Lake City, puis New York, Dr Foerster a accepté une offre de l’Université du Manitoba en 1969; par la suite, en 1975, il est devenu médecin-chef à l’Hôpital Saint‑Boniface, à l’âge de 40 ans, « probablement le plus jeune médecin-chef qu’on ait jamais vu dans un grand établissement, en tout cas dans la région », dit Dr Foerster.

« Le travail que l’université m’a confié consistait à améliorer l’enseignement et la recherche à l’Hôpital Saint‑Boniface. Nous nous sommes attaqués d’abord à l’enseignement et nous avons facilement redressé la situation en quelques mois, se rappelle Dr Foerster. Puis je me suis concentré sur la recherche. Comme dans n’importe quel domaine, il faut avoir une vision claire de ce qu’on veut accomplir. J’ai parlé avec les responsables de la Fondation. Ils m’ont beaucoup appuyé. Ils ont décidé de m’accorder de l’aide financière pour attirer des chercheurs, notamment. »

La vision de Dr Foerster était surtout axée sur la poursuite de l’excellence.

« Pour atteindre l’excellence en recherche, il faut attirer d’excellents chercheurs », explique-t-il. Parfois, malheureusement, le manque d’infrastructure à cette époque nuisait à ses efforts de recrutement. Il se souvient avoir tenté de convaincre un neuroscientifique de Montréal de se joindre à sa jeune équipe de chercheurs. En visite à Winnipeg, il a exprimé son intérêt pour l’offre de Dr Foerster et a demandé à voir ses nouveaux locaux de recherche. Comme il s’attendait à cette demande, Dr Foerster avait improvisé un espace de recherche d’environ 660 mètres carrés dans le sous-sol d’une aile de l’hôpital, en face de son propre bureau et, avec un geste de la main, l’a présenté à sa recrue. « Il m’a ri au nez. J’ai décidé que c’était la dernière fois que quelqu’un me rirait au nez. »

Dr Foerster s’est mis à rêver de vastes locaux de recherche ultramodernes et s’est fait des alliés à cet égard à l’Hôpital et à la Fondation. Il a pris la peine de visiter d’autres installations de recherche, accompagné d’architectes, pour savoir de quoi on avait besoin à Winnipeg et déterminer ce qui pouvait être réalisé. L’enthousiasme a crû rapidement et le centre qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint‑Boniface a ouvert ses portes en 1987. Il s’agit du premier centre de recherche établi dans un immeuble indépendant au Canada.

Au moment où Dr Foerster s’est retiré du poste de directeur général de la recherche, en 2006, le Centre, qui n’était guère qu’un rêve et un terrain vacant au début de son mandat, était devenu sous sa gouverne une solide entreprise, forte d’un personnel de 190 membres réputés dans le monde entier et d’un budget de plusieurs millions de dollars.

L’un des moments forts de son mandat a été l’ouverture du Centre de recherche sur les maladies liées au vieillissement (qui porte maintenant son nom), à l’intérieur du Centre de recherche. Les maladies du vieillissement demeurent un grand sujet d’intérêt pour lui.

« Les maladies neurodégénératives sont un terrible fléau, dit-il. Prenons la maladie d’Alzheimer, par exemple. Entre 65 et 75 ans, environ trois pour cent des gens développent la maladie. Entre 75 et 85 ans, le taux passe à 19 pour cent et, au dessus de 85 ans, c’est très élevé, près de 40 pour cent. C’est un problème énorme pour le réseau de santé. C’est la situation actuelle et c’est un problème auquel il faut s’attaquer. Jusqu’à maintenant, nous avons découvert ce qui cause la maladie, mais pas comment la traiter. Ce n’est qu’un exemple. L’AVC en est un autre. Nous avons appris et nous traitons maintenant l’AVC beaucoup mieux qu’avant. »

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Selon Dr Foerster, il reste encore beaucoup à faire en matière de recherche sur la maladie d’Alzheimer pour obtenir de meilleurs résultats pour les gens et pour que le réseau de santé devienne plus efficient malgré le vieillissement de la population. « Si nous parvenions à repousser l’apparition de la maladie de cinq ans, le coût des soins de santé diminuerait de moitié par personne, affirme Dr Foerster. C’est prometteur. Maintenant, la question qu’il faut se poser est celle-ci : « Comment y parviendrons-nous? »

Pour Dr Foerster, pour assurer le succès du Centre de recherche, il faut favoriser l’excellence parmi les chercheurs locaux et nourrir l’intérêt des bailleurs de fonds de tous les niveaux. C’était là deux domaines de prédilection pour lui quand il était directeur général. Il croit aussi que le fait de mener de la recherche de haut calibre, c’est faire preuve de responsabilité pour un établissement qui dépend si fortement des dons privés.

« En ce qui concerne la mobilisation de la communauté, nous avons mis en place quelque chose d’extrêmement utile, explique-t-il. Nous avons organisé tous les ans une journée portes ouvertes. Nous avons invité la communauté, surtout les gens qui habitent dans les environs de l’Hôpital, à venir voir ce que nous faisions. Nos locaux étaient ouverts une journée complète. Quatre mille personnes sont venues au Centre de recherche. Elles ont déambulé d’un laboratoire à l’autre, nous leur avons fait visiter les lieux. Nous en avons fait un événement récurrent. Auparavant, les gens de la communauté n’avaient aucune espèce idée du travail qui était réalisé au Centre. Grâce à ces journées portes ouvertes, nous avons bénéficié du support financier d’environ 30 000 nouveaux donateurs, qui faisaient chacun un don moyen de 100 $ par an. »

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Aujourd’hui à la retraite, Dr Foerster n’en continue pas moins de soutenir avec ferveur l’Hôpital Saint‑Boniface et la Fondation de l’Hôpital Saint‑Boniface. Et c’est avec un vif intérêt qu’il fait la promotion de la recherche médicale comme choix de carrière chez les jeunes.

« À mon avis, le plus important pour eux, c’est d’être exposés à des mentors passionnants, productifs, ou à des gens qui sauront les pousser à faire la bonne chose et à prendre la bonne décision », dit-il.

Les décisions que Dr Foerster a prises au fil des ans ont eu une incidence énorme sur la recherche médicale au Manitoba et à l’échelle mondiale. Il a laissé une empreinte durable.

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