Le succès réside dans les gènes

Un regard différent sur le cœur

On peut dire que la passion du Dr Michael Czubryt pour les sciences réside dans ses gènes, pour plus d’une raison.

Sa curiosité et son amour du travail de laboratoire, qu’il a hérité de son père – un ancien chimiste de l’Université du Manitoba – sont profondément ancré dans son ADN. Aujourd’hui, le travail du Dr Michael Czubryt consiste à améliorer la compréhension de la relation qui existe entre les gènes et la cardiopathie. Sa recherche est révolutionnaire et fascinante.

« J’étais vraiment intéressé par la façon dont les gènes fonctionnent, comment nous les activons et les désactivons et comment cela définit, dans une certaine mesure, tant ce que nous sommes que notre comportement », explique le Dr Czubryt, chercheur principal en physiopathologie moléculaire à l’Institut des sciences cardiovasculaires du Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface. « J’ai toujours trouvé ce domaine passionnant. J’adore les énigmes et c’était en quelque sorte l’énigme ultime, comment tout cela fonctionne ensemble sur le plan moléculaire pour régir notre comportement, ces grands êtres complexes que nous sommes. Il se passe beaucoup de choses à l’intérieur de notre corps et c’est impressionnant lorsque nous tentons d’y regarder de plus près. »

Fibrose cardiaque

Plus spécifiquement, l’étude de laboratoire du Dr Czubryt porte sur une affection appelée fibrose cardiaque. « Notre cœur renferme une sorte de squelette protéique », précise-t-il. « Il ne s’agit pas d’un squelette osseux; ce squelette est très souple, mais il renforce le cœur et contribue à faire en sorte qu’il est capable de supporter les battements qu’il produit quotidiennement. Notre cœur bat 100 000 fois par jour. »

Ce squelette protéique est un réseau de fibres de collagène, et le système cardiovasculaire doit avoir le bon nombre de fibres pour fonctionner correctement. Avoir un excès de fibres restreint la capacité du cœur de faire son travail; ne pas en avoir assez en diminue la résistance mécanique.

La nature du quand et du comment le corps d’une personne produit ces protéines est en grande partie encodée dans ses gènes. Le Dr Czubryt et son équipe étudient les mécanismes qui activent et désactivent les gènes, et de quelle façon ils contribuent à la cardiopathie lorsqu’ils sont incorrectement activés.
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« Il se passe beaucoup de choses à l’intérieur de notre corps et c’est impressionnant lorsque nous tentons d’y regarder de plus près. »

Scléraxis – Une percée

Il semble qu’ils aient résolu le mystère par la voie d’un régulateur de protéines appelé scléraxis. Le Dr Czubryt a appris que le gène scléraxis réagit au stress cardiaque, par exemple une crise cardiaque ou l’hypertension artérielle, en produisant davantage de collagène. L’équipe a donc pu, grâce à la création d’une nouvelle forme de scléraxis, trouver des façons d’empêcher la production excessive de collagène. Le Dr Czubryt a d’abord examiné les effets potentiels du gène scléraxis lorsqu’il était boursier de recherche postdoctorale au Texas. À l’époque, tout ce que l’on savait réellement sur le gène scléraxis, c’est qu’il jouait un rôle dans le développement des tendons.

« Comme les tendons contiennent beaucoup de collagène, l’idée la plus simple était que le gène scléraxis était peut-être lié à la formation de collagène, soit dans les tendons ou dans le cœur », affirme le Dr Czubryt, qui poursuit sa recherche au Manitoba.

« Nous avons constaté qu’effectivement, le gène scléraxis provient des cellules cardiaques qui fabriquent le collagène. On les appelle des fibroblastes. Face à la maladie, ces fibroblastes se transforment en un autre type de cellule appelée myofibroblaste, qui est une sorte de fibroblaste très actif; on peut le comparer à une usine de fabrication de collagène. En fait, lorsque la transition s’effectue, ces cellules fabriquent davantage de scléraxis », poursuit-il. « Plus important encore, nous avons récemment découvert que nous pouvons interférer avec la fonction du gène scléraxis et, lorsque nous le faisons, nous arrivons à bloquer la capacité de ces cellules de fabriquer du collagène, elles arrêtent donc complètement leur production; cela cesse, tout simplement.

Aujourd’hui, le Dr Czubryt et ses collaborateurs essaient de voir jusqu’à quel point ils peuvent interférer avec le gène scléraxis en cas de maladie, afin d’arrêter net la cardiopathie. L’éventuelle mise au point d’un médicament capable de cibler le gène sclélarix constitue une étape dans l’atteinte de cet objectif.

Le Dr Czubryt dit que le futur succès de son travail repose, dans une large mesure, sur la collaboration. Il a actuellement des partenaires de projet dans des instituts de recherche au Canada, aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Europe.

« L’époque du scientifique menant seul sa recherche de laboratoire, qui réalise son propre projet, ne parle à personne et garde le secret sur son travail, car il craint qu’on lui vole ses idées – cette époque disparaît rapidement », affirme-t-il. « Je ne connais personne qui peut s’en tirer dans le monde actuel sans collaboration importante. C’est ainsi que le travail scientifique se fait aujourd’hui. »

Ils comprennent!

Le but d’un laboratoire de recherche qui réussit, c’est de commercialiser des médicaments et des produits thérapeutiques qui peuvent améliorer le bien-être des patients. Pour y parvenir, la roue de la découverte doit continuer de tourner. Non seulement cela exige de la collaboration, mais aussi de l’ingéniosité, de la patience et de l’argent.

La plus grande joie du Dr Czubryt, c’est de découvrir des éléments nouveaux et de voir ses hypothèses confirmées. La satisfaction de savoir que son travail semble logique pour la collectivité suit de près. Il raconte l’histoire d’une présentation de dix minutes sur son travail qu’il a faite devant un groupe de donateurs.

« Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un appel de l’une de ces personnes qui était extrêmement intéressée à parrainer mon laboratoire », relate le Dr Czubryt. « C’était très stimulant, j’en ai fait part à mes étudiants et ils étaient ravis parce que, comme l’un d’entre-eux l’a exprimé : Ils comprennent. Quelqu’un comprend notre travail! Ils étaient très encouragés. »
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sbrc.ca/czubryt

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