Souligner toute l’importance de savoir gérer le stress

La pleine conscience change les choses

« Nous croyions que ce qui arrivait au cerveau était immuable, que c’était coulé dans le béton, qu’on ne pouvait rien y changer. »

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré que le stress était l’épidémie du 21e siècle. M. Michael McIntyre et ses collègues cherchent à combattre cette épidémie au moyen d’interventions fondées sur la pleine conscience et de recherche scientifique.

Leur travail donne déjà des résultats au Manitoba et fait progresser le dialogue mondial au sujet du rôle de la pleine conscience dans les soins de santé. « La pleine conscience, explique M. McIntyre, c’est la capacité d’amener votre esprit là où vous voulez qu’il soit dans l’instant présent. » Profondément ancrée dans les philosophies orientales, la pleine conscience s’est frayé un chemin jusqu’au discours dominant à la fin des années 1970, quand Jon Kabat‑Zinn a créé le programme de réduction du stress par la pleine conscience à l’Université du Massachusetts afin d’offrir un traitement aux patients atteints de maladies chroniques. Il s’agit d’une pratique comprenant méditation, conscience de soi, compassion pour soi‑même et capacité à garder l’esprit calme et concentré.

Par l’intermédiaire du « Projet Compassion » de la Corporation catholique de la santé du Manitoba (CCSM), M. McIntyre et ses collègues offrent une formation et des programmes sur la pleine conscience au personnel et aux bénévoles des organisations gouvernées et parrainées par la Corporation, y compris l’Hôpital Saint‑Boniface. Ils suivent de près les résultats afin de comprendre l’effet potentiel de la pleine conscience sur les soins de santé.

« Il existe beaucoup de travaux de recherche sur les interventions fondées sur la pleine conscience, explique M. McIntyre. Ces travaux révèlent une réduction du niveau de stress et de l’épuisement professionnel. Ils révèlent aussi des changements dans l’anatomie du cerveau et dans la réponse immunitaire, entre autres choses. »

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M. McIntyre et ses collègues ont commencé à se demander quel pourrait être l’impact de la pleine conscience sur les travailleurs du secteur des soins de santé – des gens généralement soumis à un plus grand niveau de stress que la population générale et qui sont plus souvent victimes d’épuisement professionnel. Si le niveau de stress est grand et que les employés sont au bord de l’épuisement, les soins aux patients pourraient en être compromis. La pleine conscience pourrait être utile pour contrer ce problème.

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« Quels sont les bienfaits pour les travailleurs eux‑mêmes, leur famille, leurs collègues, leurs patients? Et qu’en est-il des dirigeants? Peut-on arriver à réduire le niveau de stress à celui qu’on observe dans la population générale? La réponse à ces questions est parfois oui, parfois non », explique M. McIntyre.

Dans le cas des dirigeants du secteur des soins de santé, par exemple, comme les directeurs généraux et les gestionnaires d’unité, les chercheurs ont constaté que les programmes de pleine conscience permettaient de réduire le niveau de stress, mais sans le ramener à un niveau comparable à celui de la population générale ni à un point où le personnel qui relève de ces dirigeants serait susceptible de sentir le changement. Pour résumer : le stress est bel et bien réduit, mais le niveau de stress demeure élevé. Le travail et la recherche dans ce domaine se poursuivent.

« Comme vous pouvez l’imaginer, dans une communauté scientifique rigoureuse, la méditation axée sur la pleine conscience et la culture de la compassion sont des aberrations », déclare M. McIntyre, conscient que la nouveauté de son travail détonne. Cela dit, il constate que son travail est de plus en plus accepté par ses collègues de l’Hôpital Saint‑Boniface et les agences de la CCSM (ce qu’on appelle les communautés de service) et qu’il suscite de plus en plus la curiosité. L’utilisation de données fondées sur la biologie a été d’une importance capitale dans cette acceptation croissante.

En fait, au moment d’écrire ces lignes, M. McIntyre et M. Bram Ramjiawan, directeur de recherche à l’Institut de recherche clinique I. H. Asper de l’Hôpital Saint‑Boniface, avancent l’idée d’utiliser l’« autocompassion axée sur la pleine conscience » auprès des patients en cardiologie pour promouvoir leur guérison. « Et à St.Amant, nous offrons des cours d’autocompassion axée sur la pleine conscience aux parents d’enfants atteints d’autisme profond ou d’un trouble envahissant du développement. Parfois, ces parents doivent prendre une décision déchirante, à savoir qu’ils ne peuvent pas s’occuper de leur enfant à la maison. Le soutien que nous offrons donne des résultats assez spectaculaires avec eux. »

M. McIntyre parle aussi de travaux précédents menés au sujet de la relation entre stress et système immunitaire. Le pionnier de la pleine conscience, Jon Kabat‑Zinn, et son collègue, Richard Davidson, de l’Université du Wisconsin, ont fait suivre un cours de réduction du stress fondé sur la pleine conscience à un groupe de personnes. Celles-ci ont reçu un vaccin contre la grippe en même temps qu’un autre groupe de personnes qui n’avaient pas encore suivi le cours. « Chez ceux qui avaient suivi le cours de pleine conscience, la réponse immunitaire a été beaucoup plus efficace, explique M. McIntyre. On dispose de données suffisantes pour dire que la réduction du stress améliore la santé physique. Évidemment, quand on est en santé, on est plus solide, et donc plus apte à réagir aux facteurs de stress qui surviennent inévitablement dans la vie. »

Grâce au travail qu’ils réalisent dans le cadre du Projet Compassion, M. McIntyre et ses collègues ajoutent à cette somme grandissante de données en offrant des programmes aux travailleurs de la santé et en analysant leurs réponses physiologiques et subjectives et leurs corrélations.

« Nous croyions que ce qui arrivait au cerveau était immuable, que c’était coulé dans le béton, qu’on ne pouvait rien y changer », dit-il. Une des choses les plus excitantes des 20 dernières années, c’est le fait qu’on ait compris à quel point le cerveau est plastique. La neuroplasticité est un sujet important. Elle est au cœur de nos travaux de recherche, à Jennifer Kornelsen et moi. Mme Kornelsen est professeure de radiologie au Centre des sciences de la santé et chercheuse associée au Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint‑Boniface. Nous nous penchons sur les changements qui surviennent dans le cerveau dans la foulée précisément des programmes que nous offrons et des groupes qui sont employés ici. »

Surtout, au fur et à mesure que les recherches nous éclairent un peu plus sur les techniques et les stratégies de pleine conscience et que nous comprenons mieux leur effet, nous pouvons envisager une vie meilleure pour les travailleurs et les dirigeants du secteur des soins de santé et de meilleurs résultats pour les patients.

« Nous croyons que la capacité de la pleine conscience est immense. Bien des gens aiment utiliser l’étiquette « médecine alternative ». Je préfère le terme « médecine complémentaire » parce qu’il potentialise la médecine traditionnelle », affirme M. McIntyre. La pratique de la méditation pleine conscience aide les soignants à se concentrer plus attentivement sur les besoins des patients en tant qu’individus. « Les patients nous disent encore et encore que leur confiance remonte quand ils ont l’impression que les gens leur prêtent attention. »

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