Convictions au sujet du travail ardu et de la santé humaine

Avancement des connaissances sur les bactéries bénéfiques et nuisibles

La Dre Michelle Alfa a grandi dans la pauvreté sur une ferme du sud-ouest du Manitoba. Toutefois, loin de rejeter cette époque, elle y trouve une source d’inspiration.

« J’ai eu un père extraordinaire. Il m’a inculqué, ainsi qu’à mes frères et à ma sœur, une incroyable éthique du travail », se rappelle la Dre Alfa, chercheuse principale sur les maladies infectieuses au Centre canadien de recherches agroalimentaires en santé et médecine. « Nous n’avions pas suffisamment d’argent pour avoir un vrai silo où entreposer le grain. Pour le protéger, nous devions nettoyer le sol et y étendre une bâche, puis nous placions des ballots de foin tout autour jusqu’à une certaine hauteur, de sorte que lorsque mon père apportait le grain, nous pouvions le verser dans ce lieu qu’il couvrait ensuite avec du plastique. »

« Il faut toujours achever le travail avant de s’offrir des gâteries. »

Ce travail était éreintant, mais la Dre Alfa se rappelle de la fierté d’avoir alors fait partie d’une famille, chacun faisant sa part pour mener à bien le travail. Elle se souvient d’une fois où sa jeune sœur a demandé à leur père s’ils pouvaient manger un cornet de crème glacée. « Mon père a répondu : “À condition que nous ayons tout terminé avant qu’il fasse nuit. Tu sais, il faut toujours achever le travail avant de s’offrir des gâteries.” Je crois que cette éthique du travail m’accompagne depuis toujours. »

La Dre Alfa a effectivement conservé cette éthique et son engagement envers le travail d’équipe toute sa vie. Cela explique le succès qu’elle remporte dans ses recherches sur les infections nosocomiales, la réduction des infections attribuables aux appareils médicaux et le rôle du microbiome intestinal dans la santé des personnes âgées. Ces trois thèmes de recherche sont liés à sa profonde compréhension des bactéries.

Pour ce qui est de ses travaux sur la santé intestinale chez les personnes âgées, le message à retenir est simple. Après 60 ans, les bactéries bénéfiques présentes dans le colon doivent être alimentées en « prébiotiques » pour conserver leur efficacité. Il faut donner aux bactéries « des légumes crus, car elles adorent cela », explique avec enthousiasme la Dre Alfa. « De 10 à 15 % de toute notre énergie provient des produits bactériens. Il importe de contenter nos microbiomes parce que lorsque c’est le cas, et qu’ils s‘alimentent de fibres alimentaires et de substance que nous ne pouvons pas digérer, cela est réellement bon pour notre intestin. Les cellules qui tapissent l’intérieur de l’intestin tirent directement leur énergie des produits bactériens. Si elles ne reçoivent pas ces bons produits finaux issus des bactéries, les cellules meurent. On peut l’observer à mesure que l’on vieillit, et si l’on mange moins de légumes crus et de plus en plus d’aliments transformés qui ont été cuits et sont susceptibles de ne pas contenir d’éléments nutritifs, on peut constater que la santé intestinale se détériore. Cela a été prouvé scientifiquement. »

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Non seulement les recherches de la Dre Alfa ont élargi le dialogue sur les bactéries bénéfiques qui vivent dans notre organisme, en accordant une attention particulière aux personnes âgées, mais elles ont également permis de mieux comprendre les bactéries moins sympathiques présentes dans tous les hôpitaux et qui peuvent aggraver l’état des patients.

C’est le cas, par exemple, d’une personne qui occupe une chambre où le patient précédent avait une infection à Clostridium difficile (C.difficile) ou à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM). Malgré des protocoles stricts en matière de nettoyage et de désinfection, « des preuves démontrent que si on occupe une chambre où le patient précédent était atteint de ces infections, le risque de contracter la même infection est réellement plus élevé que si on occupe une chambre où le patient précédent n’en souffrait pas. Cela m’a intéressée sur le plan du rôle de l’environnement, parce que nous devrions être en mesure de prévenir ces infections », affirme-t-elle. Il est primordial de réduire les cas d’infection à C.difficile étant donné que cette bactérie tend à prolonger l’hospitalisation des patients et peut, dans certains cas, être mortelle.

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Alors que les hôpitaux du monde entier sont confrontés à cette difficulté, la Dre Alfa est extrêmement reconnaissante à la direction de l’Hôpital Saint-Boniface de lui avoir permis d’effectuer des études cliniques sur place pour trouver des solutions à ce problème mondial.

« Le personnel de l’entretien a été fantastique, assure la Dre Alfa. Lorsque nous avons mené notre étude sur l’amélioration du produit utilisé pour nettoyer les surfaces de l’hôpital, et que nous avons démontré qu’il y avait une réduction des infections nosocomiales, l’Hôpital Saint-Boniface a adopté ce nouveau produit. Je dois avouer que je suis très fière du soutien que nous a accordé l’Hôpital et de savoir que nos recherches ont amélioré la situation. »

La Dre Alfa et son équipe ont également mené des recherches sur la désinfection et la stérilisation adéquates des instruments médicaux réutilisables, comme les endoscopes. Et dans ce cas aussi d’importants progrès ont été réalisés, lesquels toucheront les protocoles dans les hôpitaux, la fabrication du matériel et les directives nationales.

La Dre Alfa effectue ses recherches à l’Hôpital Saint-Boniface depuis plus d’un quart de siècle et on pourrait dire que son enthousiasme débordant pour l’Hôpital, le Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint-Boniface et la Fondation de l’Hôpital Saint-Boniface est, disons, contagieux!

« Je suis profondément Manitobaine. Le Manitoba c’est chez moi. Il en a toujours été ainsi. Je suis vraiment fière du Centre de recherche, de l’Hôpital Saint-Boniface, de la Fondation et du fait que nous obtenions le soutien de personnes comme M. Paul Albrechtsen, de même que du secteur industriel manitobain pour effectuer nos études cliniques, ajoute la Dre Alfa. Cela prouve que notre coin de pays peut être un milieu extraordinaire pour y travailler, et que nous pouvons faire des découvertes qui ont une incidence sur l’amélioration de la santé et des soins de santé. »

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