Un périple mouvementé

Un chercheur de Saint-Boniface trouve un remède prometteur pour le traitement des neuropathies

Le Dr Paul Fernyhough a travaillé avec trois lauréats du prix Nobel au Royaume‑Uni et aux États-Unis et il aurait probablement pu revêtir le sarrau du laboratoire de son choix. Cependant, quelques mots d’encouragement d’un futur collègue et quelques pintes de bière locale ont suffi pour convaincre ce Londonien qu’il devait venir au Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface.

« Je n’avais aucune idée de la qualité des travaux effectués à Saint‑Boniface. Je m’y suis donc rendu à quelques reprises, j’ai bu quelques bières Fort Garry et j’ai été conquis. »

Le Dr Fernyhough, chercheur principal au Laboratoire de biologie cellulaire de la neurodégénération de la Division des maladies neurodégénératives de l’Hôpital Saint-Boniface, travaille à Winnipeg depuis 2004. Il a entendu parler de la ville et de l’Hôpital Saint-Boniface pendant des études postdoctorales à la Colorado State University où il a rencontré le Dr Gordon Glazner, un autre chercheur principal de l’Hôpital Saint-Boniface. Les descriptions élogieuses faites par le Dr Glazner de ses recherches et de son milieu de travail à l’Hôpital Saint-Boniface ont éveillé l’intérêt du Dr Fernyhough.

Bières Fort Garry

« Je n’avais aucune idée de la qualité des travaux effectués à Saint-Boniface. Je m’y suis donc rendu à quelques reprises, j’ai bu quelques bières Fort Garry et j’ai été conquis », dit-il.

Depuis son arrivée à Winnipeg, le Dr Fernyhough s’est concentré sur deux grands domaines. Premièrement, il a fait de la recherche fondamentale pour tenter de comprendre parfaitement la croissance des nerfs, soit « les mécanismes de base qui font fonctionner le corps humain », comme il l’explique.

Deuxièmement, le Dr Fernyhough a connu un succès considérable en recherche « translationnelle » ou appliquée, plus particulièrement en « prenant des médicaments existants pour leur trouver de nouvelles fonctions ». Ses travaux sont prometteurs, tant du point de vue commercial que du point de vue des patients.

Neuropathie

« Nous avons eu un important programme financé par la Fondation de la recherche sur le diabète juvénile, et soutenu par la Fondation de l’Hôpital Saint‑Boniface, qui a mené à l’identification d’un nouveau médicament pouvant servir à réparer les nerfs, principalement chez les patients diabétiques chez qui cet important problème peut entraîner de la douleur et des amputations, explique-t-il. Toutefois, ce médicament peut aussi être utilisé pour d’autres maladies. Par exemple, les gens qui prennent des médicaments anticancéreux subissent de grandes douleurs. Nous pensons que notre médicament pourrait être utilisé pour prévenir ces douleurs. »

Il n’est pas surprenant que la crème topique développée par le DFernyhough et ses collègues pour traiter les lésions nerveuses causées par le diabète (neuropathie) ait suscité un intérêt commercial qui a mené à la poursuite des essais. En outre, la crème ne freine pas simplement le développement de la neuropathie, elle peut en fait réparer et guérir les lésions nerveuses.

La régénération est la clé

« Nous avons des preuves claires que notre médicament peut donner de tels résultats, affirme le Dr Fernyhough. Il s’agit de la première étude indiquant que l’on peut régénérer les fibres d’un modèle animal. On n’y était jamais parvenu auparavant. »

Ces recherches sur la neuropathie ont des répercussions mondiales, mais sont particulièrement importantes au Manitoba, où 100 000 personnes sont diabétiques et, chaque année, des milliers d’entre elles doivent se faire amputer un membre inférieur. Il en coûte jusqu’à 150 millions de dollars par année pour traiter la neuropathie diabétique au Manitoba, en coûts directs, y compris les amputations et le traitement des pieds. La détection précoce et l’amélioration des traitements permettraient de promouvoir la santé individuelle, le bien-être collectif et l’économie provinciale.

Pour faire progresser les travaux, une société privée, appelée WinSanTor BioSciences Inc., a été créée par l’Hôpital avec des universités partenaires du Manitoba, de San Diego et de Toronto. Il s’agit d’une pratique courante à l’Hôpital Saint‑Boniface et dans le milieu de la recherche au Canada. Lorsque des produits font une entrée réussie sur le marché, les hôpitaux, les universités et les chercheurs peuvent en tirer d’importants avantages financiers. Mais, plus important encore, les patients ne peuvent avoir accès aux médicaments que lorsqu’ils sont mis en vente.

Un début prometteur

L’expérience de la commercialisation de la crème a été éprouvante pour les nerfs, mais tout de même stimulante. « Je n’ai pas du tout le sens des affaires, dit à la blague le Dr Fernyhough. Ma femme pourra vous le confirmer. » Il n’est toutefois pas seul dans cette aventure, car un solide partenariat a été mis en place et des investissements ont été faits par les Instituts de recherche en santé du Canada. Le projet est aussi solidement protégé par des brevets au Canada, aux États‑Unis et en Chine, et d’autres pays s’ajouteront bientôt. La prochaine étape consiste à faire des essais cliniques plus poussés afin de démontrer l’efficacité de la crème de façon irréfutable.

Pour les personnes diabétiques et les patients cancéreux qui souffrent des effets secondaires des médicaments, ces travaux sont très prometteurs. Le Dr Fernyhough et ses collègues sont sur le point d’améliorer considérablement la vie de milliers de personnes. Le Dr Fernyhough attribue en partie le succès de ses recherches au travail fait par de nombreuses personnes avant lui : des scientifiques qui ont exploré et procédé par tâtonnements en s’appuyant sur des intuitions et des idées pour faire de la « recherche spéculative ».

« Si nous avons été capables de commercialiser nos recherches aussi rapidement, c’est parce que nous avons été en mesure de faire des recherches en ligne pour consulter des centaines de documents qui m’ont permis de comprendre rapidement le fonctionnement de ce médicament, dit-il. Sans un tel accès, nous aurions été complètement dans le noir. »

Pour le Dr Fernyhough, la disponibilité d’un tel financement pour la recherche spéculative grâce à la Fondation de l’Hôpital Saint-Boniface fait partie des avantages de travailler à Winnipeg. Grâce aux donateurs, des fonds sont disponibles pour pousser plus loin les connaissances et pour travailler avec des partenaires internationaux dans le but de poser des questions et de trouver des réponses qui pourront éventuellement permettre d’améliorer le bien-être des gens, partout dans le monde.

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