L’amélioration des résultats par l’amélioration de la pratique

Comprendre ce qui convient le mieux au patient

Le Dr Rakesh Arora était un athlète actif au secondaire à London, en Ontario, jusqu’à ce qu’une blessure l’oblige à rester à l’écart du jeu. Une fois rétabli, il a continué à s’intéresser au sport en devenant entraîneur sportif. Pendant un match de football, il a été le premier arrivé auprès d’un joueur qui s’était effondré sur le sol, à plat sur le dos. Le jeune Arora s’est élancé pour s’assurer que les voies respiratoires du joueur étaient bien dégagées et qu’une ambulance avait été appelée.

Cet incident a constitué un moment décisif pour le jeune Arora qui n’avait que 16 ans environ à l’époque. À partir de là, il a commencé à réfléchir à une carrière en médecine.

Lorsqu’il était entraîneur sportif à l’adolescence, Rakesh Arora voulait faire ce qui était le mieux pour le patient. Des années plus tard, en tant que médecin et chercheur, il ne se contente pas de faire ce qui est le mieux pour le patient. Il est en fait en première ligne pour déterminer ce qui convient le mieux, en particulier pour les patients qui se rétablissent d’une chirurgie cardiaque.

« Il ne suffit pas d’aider les patients à survivre à l’intervention ou à la chirurgie, il faut les aider à retrouver la santé. »

Innover

« Je me suis spécialisé en chirurgie cardiaque à Halifax où j’ai fait ma formation en chirurgie. Pendant ma formation, il m’est apparu évident, en voyant nos méthodes après les chirurgies cardiaques, que les patients dont nous prenions soin étaient plus vieux et plus malades, explique le Dr Arora, chercheur principal, Traitement de l’insuffisance cardiaque, à l’Institut des sciences cardiovasculaires de l’Hôpital Saint-Boniface. Nous faisons du très bon travail lorsqu’il faut décider des patients qui doivent être opérés et du mode opératoire à utiliser en toute sécurité quand les patients sont âgés et très malades, mais il me semblait y avoir une lacune dans les soins après l’intervention. C’est ce qui m’a amené à me dire qu’il devait bien y avoir un moyen de mieux faire les choses. »

Cette observation a mené le Dr Arora à devenir le premier chirurgien cardiaque au Canada à obtenir une formation postdoctorale en médecine des soins intensifs. Ce type de médecine désigne la spécialisation axée sur les patients qui ont besoin d’un suivi étroit et dont les organes peuvent devoir être soutenus pour fonctionner convenablement pendant des périodes difficiles, en particulier après une chirurgie.

Se sentir revivre plutôt que simplement survivre

Depuis 2006, le Dr Arora et son équipe se sont concentrés sur diverses initiatives importantes pour améliorer l’état de santé et l’expérience globale des patients hospitalisés en raison d’une chirurgie cardiaque et celle de leur famille. Ils se sont entre autres efforcés d’améliorer la sécurité chez les patients de même que la communication entre tous les intervenants. Ils cherchent aussi des moyens de raccourcir les séjours à l’hôpital et d’améliorer les résultats à long terme après une chirurgie cardiaque.

« Il ne suffit pas d’aider les patients à survivre à l’intervention ou à la chirurgie, il faut les aider à recouvrer la santé », dit le Dr Arora.

L’un des problèmes postopératoires que le Dr Arora et son équipe étudient est le délire et la confusion que certains patients cardiaques éprouvent après leur réveil de l’anesthésie. On estime qu’un patient cardiaque sur cinq connaît un épisode de délire après la chirurgie. Le Dr Arora s’est intéressé à cette réaction postopératoire en partie à la suite d’une lettre d’excuses envoyée par un ancien patient qui se disait honteux de son comportement agité et combattif aux soins intensifs.

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« On pensait initialement que cette confusion était plutôt bénigne et sans importance; tout le monde devient un peu désorienté après avoir été branché au cœur-poumon artificiel, mais les choses s’améliorent avec le temps et il n’y a pas d’effet néfaste à long terme. Nous avons appris que ce n’est pas le cas, explique le Dr Arora. Nous avons appris que lorsque des malades deviennent désorientés après une intervention, c’est un signe réel que quelque chose ne va pas bien du tout. Tout comme si vos reins ou vos poumons ne fonctionnaient pas. Lorsque le cerveau ne fonctionne pas, c’est un problème. Nous avons maintenant compris qu’il faut y prêter attention et enquêter plus sérieusement. »

Rétablir la chimie cérébrale

Le délire peut être angoissant pour un patient et sa famille, dit le Dr Arora, et il peut s’accompagner d’un comportement anormal et des hallucinations. Selon lui, entourer les patients d’objets familiers, réconfortants, fait partie des moyens d’atténuer la confusion et d’en réduire la gravité. « Nous essayons entre autres pour contrer le délire non pas d’utiliser les médicaments habituels, mais plutôt d’entourer le patient de choses avec lesquelles il est à l’aise. Nous essayons de l’entourer de signaux visuels ou sonores qui lui rappellent son foyer et ses êtres chers. Nous laissons venir les membres de la famille le plus rapidement possible; nous utilisons des signaux avec lesquels les patients sont à l’aise à la maison : des livres, la télévision ou la musique, par exemple. Stimuler son esprit est très important pour rétablir en quelque sorte la chimie cérébrale pour qu’elle redevienne normale. »

L’une des clés du confort et du bien-être du patient, dit le Dr Arora, est la présence d’êtres chers à son chevet le plus rapidement possible après la chirurgie cardiaque. Il y avait généralement un délai de quatre à cinq heures entre l’arrivée d’un patient aux soins intensifs après une chirurgie et l’arrivée de sa famille. Grâce aux gains d’efficacité proposés par le Dr Arora et son équipe dans le cadre de l’engagement de l’Hôpital Saint-Boniface à l’égard de la transformation vers un mode de fonctionnement allégé, ce délai est maintenant de 40 à 60 minutes.

L’attente

Un autre facteur important dont fait la promotion le Dr Arora est la façon dont les patients cardiaques se préparent avant la chirurgie – en particulier les patients plus âgés et plus fragiles. De nombreux patients se contentent de s’asseoir chez eux, d’attendre la date et de devenir de plus en plus anxieux.

« Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas très bien communiqué aux patients ce qu’ils devraient faire en attendant. Le plus souvent, les gens se contentent de s’asseoir chez eux et d’attendre dans la crainte, ne sachant pas quoi faire d’autre. Ils se contentent d’attendre la chirurgie en craignant que s’ils s’activent trop, ils aggraveront leur état », dit le Dr Arora. Nous savons que l’exercice est probablement l’une des meilleures choses que nous puissions faire pour nous-mêmes. C’est sur cet aspect que nous insistons : trouver des moyens pour que les patients continuent de se livrer aux activités saines que tout le monde devrait faire, tout en attendant leur chirurgie. »

Un autre élément important du casse-tête est le suivi du chirurgien auprès du patient dans l’année qui suit l’intervention. Dans certains cas, dit le Dr Arora, les patients ont de la difficulté peut-être à reprendre leurs activités normales, ou de la difficulté sur le plan émotionnel, ce qui peut également avoir un impact sur leur famille. Le suivi du chirurgien peut aider à résoudre ces problèmes.

Par de meilleurs conseils et de meilleurs soins avant la chirurgie cardiaque, par de nouvelles approches pour la sécurité du patient et les soins intensifs postopératoires, par de nouvelles approches de suivi des patients, le Dr Arora et son équipe améliorent l’état de santé et vont au-delà de la survie pour un retour à la vie pleine et entière.

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