Promouvoir la science, la compassion et l’efficience

Faire la différence dans les pays en développement

« Lors de mon premier voyage humanitaire, j’ai été frappé de voir un patient à l’hôpital qui souffrait de complications dues au rhumatisme cardiaque… »

Le nom de la plupart des médecins est suivi d’une série de lettres correspondant à leurs diplômes et leur désignation professionnelle. Dr Rizwan Manji ne fait pas exception, mais c’est l’un des rares qui peut ajouter les lettres MBA à sa soupe à l’alphabet.

Dr Manji, qui a quitté le Rwanda pour venir au Canada lorsqu’il était enfant, a étudié et travaillé à Edmonton avant de déménager à Winnipeg pour étudier les soins intensifs, une branche de la médecine qui s’intéresse aux patients qui souffrent de maladies ou de blessures qui mettent leur vie en danger. Pendant sa formation, il a exprimé son intérêt pour les affaires et il a obtenu une autorisation spéciale pour faire simultanément une maîtrise en administration des affaires. Pour lui, c’était là une façon d’améliorer sa contribution à la recherche et à la pratique médicales.

« Quand on fait un MBA, on entend beaucoup parler d’efficience, de rentabilité. Je pense que ce sont des points sur lesquels il faut travailler dans le domaine des soins de santé, affirme Dr Manji. Une partie des travaux de recherche que j’ai faits concernait la rentabilité. J’ai réalisé un certain nombre d’études dans lesquelles on comparait la rentabilité de deux médicaments dans le traitement d’une condition en particulier, ou celle de deux méthodes de prévention pour éviter l’apparition d’une certaine maladie. »

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Inspiré par ses débuts modestes et par des parents qui lui ont appris la valeur de l’effort et à redonner à la communauté, Dr Manji a mis à profit ses diverses formations pour travailler concrètement à l’amélioration des soins de santé dans les pays en développement.

Un domaine de recherche récent s’intéresse à la rentabilité des stratégies de prévention des maladies cardiaques en Afrique, où la chirurgie cardiaque demande énormément de ressources et est difficile d’accès. Grâce à des modèles mathématiques de pointe, Dr Manji et ses collègues peuvent formuler des recommandations qui varient en fonction des régions, selon les données obtenues.

Un autre domaine de travail concerne le rhumatisme cardiaque. « Il s’agit probablement du problème le plus courant dans les pays en développement chez les adultes, les grands enfants et les jeunes adultes et pour lequel la chirurgie peut être utile, explique Dr Manji. C’est une condition dévastatrice pour beaucoup de gens. Si le patient ne meurt pas de la maladie, il risque de demeurer handicapé à vie. Elle est généralement causée par une infection aussi bénigne qu’une angine à streptocoques. Comme les antibiotiques sont difficiles d’accès en Afrique, les infections à streptocoques peuvent causer une fièvre rhumatismale, laquelle peut entraîner des complications et se transformer en rhumatisme cardiaque. C’est une condition courante, envahissante, qui entraîne son lot de conséquences familiales et sociales.

« La maladie atteint souvent les gens dans la trentaine. Non seulement ils ne peuvent plus travailler et assurer la subsistance de leur famille, mais leur famille doit s’occuper d’eux, et ne peut donc plus travailler non plus. C’est un cycle sans fin de problèmes qui exacerbent la pauvreté chez les patients en Afrique », explique Dr Manji.

Dr Manji ne se contente pas de la théorie et du conceptuel. Il s’est rendu sur le terrain, en Afrique, pour observer les difficultés rencontrées en matière de soins cardiaques et bien en comprendre la nature afin de pouvoir aider les patients.

« Lors de mon premier voyage humanitaire, j’ai été frappé de voir un patient à l’hôpital qui souffrait de complications dues au rhumatisme cardiaque et dont le rythme auriculaire s’était accéléré, se rappelle Dr Manji. Les médecins essayaient de le traiter avec un défibrillateur. Ils n’avaient pas les bonnes électrodes à mettre sur sa poitrine et le patient n’était pas correctement anesthésié; quand ils lui donnaient des chocs, son corps se soulevait de la table. C’était désolant de voir ça. C’est de là que me vient mon intérêt pour cette maladie, depuis que j’ai été témoin de cette scène; c’était vraiment affligeant. Le patient est malheureusement décédé. Il était âgé de 25 ans et avait de jeunes enfants. Il fallait absolument s’attaquer à ce problème. »

Parmi ses autres activités, Dr Manji s’est engagé auprès de Team Heart, une organisation sans but lucratif américaine qui cherche à assurer des soins cardiaques durables au Rwanda et en Afrique de l’Est. En février et mars 2016, Dr Manji, accompagné de trois infirmières en soins intensifs de Winnipeg, s’est rendu au Rwanda avec Team Heart. Il faisait partie de l’équipe chirurgicale qui a opéré 16 patients pour leur installer des valvules cardiaques mécaniques.

Dr Manji souligne le fait que, bien que la chirurgie sauve des vies et améliore la situation des communautés, les valvules mécaniques ne règlent pas tout; il faut notamment assurer le suivi à long terme de ces patients.

Un autre problème avec les valvules mécaniques, c’est que les patients doivent prendre du Coumadin (un anticoagulant); ce médicament est un problème pour les femmes puisque, si elles prennent du Coumadin, elles ne peuvent devenir enceintes.

En tant que spécialiste de la xénotransplantation (la transplantation d’organes et de tissus entre espèces différentes), Dr Manji espère que ses travaux de recherche permettront de changer le paysage de la chirurgie cardiaque en Afrique et ailleurs dans le monde.

Une opération conventionnelle pour installer une valvule mécanique demande un long séjour à l’hôpital et, bien sûr, du Coumadin. Ce que Dr Manji aimerait, c’est de pouvoir faire une opération percutanée qui permettrait d’insérer une valvule non mécanique grâce à une petite incision dans l’aine. La valvule serait remplacée par une « xénogreffe » (tissu provenant d’une espèce différente, généralement de porc). La convalescence est une question de jours plutôt que de semaines et le patient n’a pas besoin de prendre du Coumadin. Ce type de chirurgie est déjà utilisé à l’Hôpital Saint‑Boniface chez les patients âgés, plus fragiles, qui risqueraient de ne pas supporter une opération chirurgicale conventionnelle.

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 « Il y a des millions et des millions de personnes en Afrique qui ont besoin d’être traitées pour le rhumatisme cardiaque et nous pourrions pratiquement régler leurs problèmes, affirme Dr Manji. Plus besoin de se soucier du Coumadin, ni de l’impossibilité pour les femmes d’avoir des enfants par la suite. Tout cela serait réglé. Potentiellement, ces patients pourraient très bien aller. »

Le travail du Dr Manji en Afrique n’est qu’une facette de sa contribution à la recherche et à la pratique médicales. Parmi les nombreux sujets auxquels il s’intéresse, il cherche des façons de prévenir le bris des valvules faites de tissu animal après la transplantation; il cherche à améliorer les résultats pour les patients âgés qui subissent une chirurgie cardiaque; et il se penche sur le problème des listes d’attente dans les hôpitaux, sur les modèles de dotation en personnel et autres domaines qui permettent d’atteindre l’efficience. Mais Dr Manji ne s’intéresse pas à l’efficience en soi; ce qu’il souhaite, c’est établir des stratégies qui favorisent l’efficience afin d’améliorer les soins aux patients à Winnipeg, au Rwanda et partout dans le monde.

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