Dr  Todd Duhamel :
Rester actif pour demeurer en santé

Comprendre le lien entre l’exercice et la santé

Êtes-vous bien assis?

Vous serez peut-être surpris d’apprendre ce qu’un chercheur de l’Hôpital Saint-Boniface a à dire sur l’activité physique et les patients cardiaques.

« Il y a plus de 100 ans de cela, nous avons cessé de chasser, de cueillir et de cultiver nos aliments et nous avons commencé à nous asseoir derrière un bureau », dit le Dr Duhamel, chercheur en chef, Activité physique et prévention des maladies chroniques, au Centre de recherche de l’Hôpital Saint‑Boniface. « Le corps humain est fait pour bouger. Nous avons façonné un environnement qui nous empêche de bouger, et c’est cela que nous devons changer. »

Le Dr Duhamel fait remarquer qu’il y a des années on disait aux victimes de crise cardiaque de se reposer durant deux mois avant de se remettre à l’activité physique, et on conseillait aux patients qui devaient subir une chirurgie cardiaque de rester inactifs au cours de la période précédant l’opération. Selon le Dr Duhamel, titulaire d’un doctorat en kinésiologie (l’étude du mouvement chez l’homme) de l’Université de Waterloo, il s’agit là de la mauvaise approche : « Nous disons maintenant à nos patients cardiaques de ne plus passer trop de temps assis et qu’ils ne courent aucun danger à bouger davantage. »

Étudier l’exercice au niveau cellulaire

À Saint‑Boniface depuis 2009, le Dr Duhamel oriente ses recherches autour de la physiologie de l’exercice. Contrairement à la plupart des chercheurs, le Dr Duhamel est actif à la fois en recherche clinique (qui exige la participation de volontaires humains) et en recherche de base (menée en laboratoire).  En ce qui concerne la recherche de base, on pourrait dire que le Dr Duhamel s’efforce de comprendre de quelle manière exactement l’exercice favorise la santé au niveau cellulaire. Des essais poussés lui ont permis ainsi qu’à son équipe de découvrir que des agents pharmaceutiques comme les inhibiteurs ECA peuvent en fait mimer certains bienfaits associés à l’exercice.

Les professionnels de la médecine espèrent qu’en approfondissant davantage leur compréhension des effets de l’exercice sur l’organisme ils seront en mesure de mieux conseiller leurs patients et de perfectionner les programmes de réadaptation pour obtenir de meilleurs résultats sur la santé.

Le Dr Duhamel et son équipe recherchent aussi quel type d’exercice est le plus bénéfique pour les patients et sont de plus en plus convaincus de l’utilité de l’entraînement par intervalles. Plutôt que de simplement demander aux patients cardiaques de marcher, « nous leur disons de marcher à un rythme soutenu durant une minute puis de reprendre un rythme normal durant une autre minute, explique‑t‑il. Nous constatons qu’en s’exerçant moins, mais de façon adéquate, ils en retirent plus de bienfaits. »

« Nous disons maintenant à nos patients cardiaques de ne plus passer trop de temps assis et qu’ils ne courent aucun danger à bouger davantage. »

« Pré‑adaptation »

Du point de vue clinique, le Dr Duhamel et son équipe étudient la possibilité pour les patients de suivre un programme d’exercice avant même de subir une chirurgie. C’est ce qu’ils appellent la « pré‑réadaptation ». Les fonds nécessaires à la réalisation d’une étude menée à plusieurs emplacements à la fois et pilotée par le Centre de recherche de l’Hôpital Saint‑Boniface ont été obtenus. À ce jour, deux hôpitaux de la région des Maritimes ont accepté de prendre part à l’étude. Le Dr Duhamel précise que ce type d’étude est considéré comme « l’étalon de référence ». Elle permettra aux professionnels de Saint‑Boniface de mieux comprendre le lien entre la pratique de l’exercice avant la chirurgie, la durée de l’hospitalisation, la dépression et les résultats sur la santé globaux. « Le plus tôt vous commencez à faire de l’exercice après une chirurgie cardiaque, meilleurs sont les résultats sur la santé, explique le Dr Duhamel. Il arrive que les patients se retrouvent sur une liste d’attente de chirurgie élective. Mais nous ne disposons d’aucun outil pour leur expliquer comment faire de l’exercice pendant cette période d’attente. Pour le patient, participer à un programme de pré‑réadaptation efficace, c’est comme faire le plein d’essence avant la chirurgie. Ça lui permet de se rétablir et d’avoir une meilleure qualité de vie après la chirurgie. »

Des leçons durement apprises

C’est au sein d’une famille dynamique que le Dr Duhamel a découvert les clés de la réussite. Il a grandi à Atikokan, en Ontario, avec sa mère, une femme active qui travaillait comme éducatrice spécialisée, et avec son père, un mécanicien de chantier infatigable. Son petit frère, à peine plus jeune que lui, était un compagnon de jeu débordant d’énergie, et son grand frère Anthony a su faire preuve d’une persévérance remarquable en terminant son secondaire malgré des défis et des problèmes physiques qui ont nécessité 21 interventions avant même qu’il n’atteigne l’âge de 16 ans. Il n’a rien perdu de son courage.

« Anthony m’a appris que l’essentiel c’est de se donner à fond », dit le Dr Duhamel.

Leçon apprise.

Dans son laboratoire le Dr Duhamel est un chef de file respecté très attentif à la façon de gérer et de motiver son équipe. De plus, il est fortement convaincu qu’il est responsable d’assurer la survie du laboratoire en proposant des projets intéressants de grande portée qui attirent l’attention des bailleurs de fonds. Travailleur acharné, il part souvent rencontrer des collaborateurs; il perçoit la recherche comme une petite entreprise où il faut trouver une idée, la vendre, livrer le produit attendu, et recommencer sans cesse. Au cours de ses cinq premières années à Winnipeg, il a recueilli près de 2 millions de dollars pour ses travaux de recherche.

Ne pas simplement rester assis les bras croisés

Il a aussi appris une leçon auprès de grand‑mère, qui se passionnait pour le jardinage. Lorsqu’elle était dans son jardin – avec ses enfants et petits-enfants, par exemple le jeune Todd à ses côtés – elle se sentait heureuse et en santé. À la suite d’une chute, elle n’a plus été en mesure de jardiner comme elle aimait le faire, et le futur chercheur l’a vue céder à la dépression et a vu son état de bien-être général se dégrader.

« Elle ne savait même pas que le jardinage était une forme d’exercice, dit le Dr Duhamel. Et mon fils qui vient maintenant m’aider dans le jardin ne le sait pas lui non plus. »

C’est ça le secret, dit‑il. Pour être bénéfique, l’activité physique doit s’intégrer facilement à la vie quotidienne. Il peut s’agir de jardiner, d’accompagner les enfants à la piscine pour leur cours de natation ou même de rester debout dans une fête plutôt que de s’asseoir. Un autre secret consiste à remettre aux médecins et aux autres professionnels de la santé de l’information et des ressources à partager avec leurs patients pour qu’ils n’aient plus à se limiter à leur dire « vous devez perdre du poids », mais pour qu’ils soient en mesure de leur dire « voici comment être plus actifs pour y parvenir ».

Tout en poursuivant leurs recherches scientifiques fondamentales et cliniques, le Dr Duhamel et son équipe rechercheront les partenaires et le financement qui leur permettront d’approfondir la science de l’exercice et d’en faire progresser la pratique afin de créer une société plus saine et moins sédentaire. Et vous pouvez être certain que le Todd Duhamel ne restera pas assis les bras croisés.

Pour en savoir plus sur le Dr Todd Duhamel: www.sbrc.ca/duhamel 

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