Trouver une solution dans les gènes

Mieux comprendre les gènes et la santé cellulaire

Pour le Dr Lorrie Kirshenbaum, la recherche médicale relève à la fois de l’art et de l’instinct et repose en grande partie sur la persévérance. Il attribue son succès notamment à l’éducation qu’il a reçue.

« Mes parents tenaient à ce que nous réussissions tous à l’école et que nous ayons une excellente éthique du travail et de bonnes valeurs morales, mentionne le Dr Kirshenbaum, chercheur principal en biologie des gènes cardiaques à l’Institut des sciences cardiovasculaires de l’Hôpital Saint-Boniface. J’ai toujours travaillé fort et été déterminé à atteindre mes objectifs. »

Il a toujours été motivé par sa famille et s’est toujours intéressé à la médecine. Il a aussi voulu mieux comprendre « comment le cœur fonctionne » après le décès de ses très chers grands-parents. Toutefois, sa curiosité à propos de la recherche a été véritablement piquée lorsqu’il a occupé un emploi d’été à la fin de ses études secondaires, avant d’entrer à l’université. C’est à cette occasion qu’une relation spéciale avec un important mentor s’est établie.

« Tout ça a l’air très simple, mais il y a 20 ans, c’était de la science-fiction. »

« Le Dr Harvey Weisman était professeur à l’école de médecine depuis 38 ans et il m’a permis de découvrir la recherche médicale dans le cadre d’un emploi d’été, explique le Dr Kirshenbaum. Il m’a vraiment pris sous son aile. J’étais très impressionné, car je ne le connaissais pas vraiment bien. C’était un monsieur d’un certain âge, même plus âgé que mes parents, et pourtant, nous nous entendions très bien. Nous mangeons encore ensemble au moins une fois par semaine et il participe à certains de mes rapports de recherche. Cette relation est très importante pour moi. Je contribue à mon tour en formant d’autres personnes, en grande partie en raison de la chance qui m’a été offerte. »

Le Dr Weisman a été le premier d’une série de mentors dans le domaine médical à Winnipeg, au Baylor College of Medicine de Houston, au Texas, et au Albert Einstein College of Medicine de New York, qui ont joué un rôle déterminant dans la carrière du Dr Kirshenbaum. Le Dr Kirshenbaum essaie de payer au suivant en dirigeant un laboratoire dynamique, multiculturel et énergique. « Mes mentors, y compris le regretté Dr Arnold Greenberg, ont été de grandes sources d’inspiration et m’ont appris à sortir des sentiers battus. » Les autres personnes comprennent notamment les Drs Daniel Sitar et Pawan Signal, avec qui le Dr Kirshenbaum continue de travailler aujourd’hui. « Je pense que lorsqu’on reçoit une influence positive de quelqu’un d’inspirant, on ne peut pas faire autrement que de vouloir faire la même chose pour d’autres personnes », dit-il.

Par exemple, il y a quelques années, alors qu’il était invité à présenter une conférence au Garden City Collegiate, son alma mater, un ancien professeur lui a parlé d’une étudiante en sciences particulièrement motivée et a suggéré au Dr Kirshenbaum de l’employer dans son laboratoire. Elle était brillante et n’était pas certaine vers quelle carrière se diriger. Maintenant, une vingtaine d’années plus tard, cette étudiante pratique la médecine avec succès à Winnipeg.

Les résultats obtenus grâce au style de leadership du Dr Kirshenbaum et à ses influences professionnelles parlent d’eux-mêmes alors que son laboratoire fait des percées majeures pour mieux comprendre l’effet des gènes sur le cœur. L’objectif consiste à trouver un moyen de traiter l’insuffisance cardiaque, dont souffrent 500 000 Canadiens, en « désactivant » un gène en particulier ou en empêchant sont activation en premier lieu.

« Nous venons au monde avec un certain nombre de cellules du muscle cardiaque et ces cellules doivent nous durer pour la vie, explique le Dr Kirshenbaum. Une fois que les cellules cardiaques sont endommagées ou détruites en raison d’une maladie, à la suite d’une crise cardiaque, la capacité du cœur à faire circuler le sang est aussi amoindrie. Par conséquent, la personne souffrira d’insuffisance cardiaque. »

Durant son séjour au Baylor College of Medicine, le Dr Kirshenbaum a commencé à se poser la question suivante : « Peut-on utiliser un gène pour reprogrammer le cœur afin de mieux résister à une crise cardiaque pour permettre aux gens de vivre plus longtemps? ». Il a continué de se poser cette question à son retour à Winnipeg et a réussi, dans son laboratoire, à découvrir un gène qui « active » et programme les cellules cardiaques pour les faire mourir durant une crise cardiaque. Il décrit cette découverte comme étant un « moment eurêka » ayant mené à d’autres découvertes.

Ensuite, le Dr Kirshenbaum a voulu savoir pourquoi les cellules cardiaques mourraient au départ.

« Nous savons que certains gènes gardent les cellules vivantes et d’autres gènes indiquent aux cellules à quel moment elles doivent mourir. Ces gènes sont-ils activés au moment d’une crise cardiaque?, s’est-il demandé. Tout ça a l’air très simple, mais il y a 20 ans, c’était de la science-fiction. »

Avec les connaissances acquises au fil du temps, le Dr Kirshenbaum et ses collègues ont établi d’importantes cibles thérapeutiques : (1) garder les cellules cardiaques vivantes pour prévenir l’insuffisance cardiaque; et (2) prévenir l’activation du gène du « suicide ».

Bien que les recherches aient été initialement axées sur le cœur, elles ont aussi d’importantes répercussions sur le traitement du cancer.

« Qu’est-ce qu’une cellule cancéreuse? Il s’agit d’une cellule qui a perdu sa capacité de stopper sa division et qui croît sans cesse, sans mourir, explique-t-il. Nous avons donc examiné des cellules cancéreuses. Nous avons alors constaté que le gène qui devrait être activé ne l’est pas. » Le Dr Kirshenbaum croit qu’avec la thérapie génétique les cellules cancéreuses pourraient être reprogrammées pour cesser leur croissance.

Avec le processus évolutif, certains gènes ont évolué afin de protéger l’organisme contre des maladies, comme le cancer. Toutefois, les gens ne vivaient habituellement pas assez longtemps pour avoir le cancer, car ils mouraient d’autres causes. De nos jours, les gens vivent plus longtemps, mais la qualité de vie n’est pas toujours au rendez-vous, car la capacité de l’organisme à combattre le cancer et d’autres maladies, comme le diabète et l’hypertension, diminue avec l’âge. Le Dr Kirshenbaum et ses collègues souhaitent répondre à l’évolution par la révolution. La recherche demande du temps, mais les résultats obtenus peuvent être spectaculaires.

« C’est simplement de l’art. Je suis un peintre, un sculpteur, un artiste. La science et la médecine sont en réalité le langage. Nous avons trouvé des idées créatives, dit le Dr Kirshenbaum. Je me souviens avec bonheur de ma grand-mère qui m’a un jour demandé : Comment sais-tu quoi faire? Cela n’a jamais été fait avant? Non, lui ai-je répondu. Voilà pourquoi nous faisons de la recherche… pour comprendre les choses… tout est nouveau. »

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