Comment peut-on réparer un cœur meurtri?

La recherche sur les cellules souches ouvre la porte à la chirurgie cardiaque

Un jour, dans un laboratoire du Pendjab, le Dr Sanjiv Dhingra a demandé à sa femme, aussi candidate au doctorat, si elle était libre pour aller manger avec lui. Elle n’avait pas le temps, car elle devait observer des algues. Il lui a donc fallu oublier le rendez-vous avec sa bien-aimée. Le Dr Dhingra a alors plutôt fait le travail préparatoire l’ayant mené au moment exceptionnel qui a façonné sa carrière.

« Je pense qu’on peut seulement y arriver par l’innovation; pour moi, il est très important d’innover. »

En effet, la curiosité du Dr Dhingra a été piquée par les algues de sa femme. Il en a donc rapporté dans son propre laboratoire.

« À ce moment, nous produisions de l’athérosclérose dans nos rats, explique le Dr Dhingra, chercheur principal au Laboratoire de régénération cardiaque et d’ingénierie tissulaire de l’Institut des sciences cardiovasculaires de l’Hôpital Saint-Boniface. J’ai injecté ces algues dans les rats à différents moments. Vous serez surpris d’apprendre que les algues ont réduit les taux de cholestérol de façon considérable. Personne n’avait découvert cela auparavant. Je me suis dit que si je faisais de la recherche, j’allais pouvoir faire ce genre de choses durant toute ma vie. »

L’excitation de la découverte, ajoutée à la possibilité d’aider les gens, a ouvert les yeux du Dr Dhingra l’amenant ainsi à choisir de faire de la recherche médicale. Dans un avenir pas si éloigné, les patients souffrant d’insuffisance cardiaque seront bien heureux de cette décision.

Le Dr Dhingra et ses collègues font de la recherche sur des cellules souches éthiques en vue de créer un fragment, comme une sorte de pansement, qui serait appliqué après une crise cardiaque. Cette recherche repose sur une relation très spéciale avec une université de Rome, en Italie. Le Dr Dhingra dirige le Laboratoire canado-italien d’ingénierie tissulaire (CITEL) en collaboration avec l’Università degli Studi di Roma Tor Vergata, une université italienne.

Des cellules parfaites

Essentiellement, cette équipe internationale fabrique des tissus. Au laboratoire du Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface, le Dr Dhingra et son équipe tentent de comprendre comment empêcher le rejet de ces tissus. Un résultat positif aurait d’immenses répercussions.

« Durant une crise cardiaque, les cellules cardiaques commencent à mourir en raison du manque d’oxygène et de sang, explique-t-il. Malheureusement, une fois mortes, les cellules cardiaques cessent de se multiplier, contrairement aux autres cellules de l’organisme. Voilà le véritable problème. Par conséquent, la détérioration causée par la mort des cellules entraîne des dommages permanents qui finissent par conduire à l’insuffisance cardiaque. »

Le Dr Dhingra et ses collègues tentent donc de créer des « cellules parfaites » qui ne seraient pas rejetées par le système immunitaire de l’hôte. Voilà le but visé. Il faut commencer par comprendre pourquoi le rejet se produit. Quels sont les mécanismes derrière ce rejet?

« Je suis persuadé que si nous arrivons à comprendre ces mécanismes, nous pourrons prévenir le rejet », ajoute-t-il.

Prévenir le rejet

Les chercheurs ont constaté jusqu’ici que lorsqu’ils placent le fragment sur le cœur endommagé, le comportement de certains gènes des cellules transplantées n’est plus régulé en raison d’un manque d’oxygène.

« Nous avons démontré que si nous arrivons à garder ces gènes fonctionnels, la survie des cellules augmente, explique le Dr Dhingra. Nous y arrivons par la manipulation génétique ou par des moyens pharmacologiques. » Les chercheurs tentent maintenant de trouver des façons d’améliorer les effets positifs de ces interventions et de garder les gènes fonctionnels pour de plus longues périodes.

Ce travail est captivant et aurait semblé étrange il y a seulement quelques décennies. Un objectif qui aurait semblé impossible à atteindre il n’y a pas si longtemps semble maintenant atteignable avec un peu plus de tests, de technologies, de collaboration et, par-dessus tout, d’innovation.
video : Augmenter la survie des cellules

Seulement grâce à l’innovation

L’objectif consiste à « remplacer les cellules mortes après une crise cardiaque par des cellules cardiaques saines développées à partir de cellules souches afin de préserver la fonction cardiaque et de prévenir l’insuffisance cardiaque », dit-il. « Je pense qu’on peut seulement y arriver par l’innovation; pour moi, il est très important d’innover. »

Le Dr Dhingra croit aussi que l’Hôpital Saint-Boniface est l’endroit idéal pour faire ce travail.

« Je fais de la science fondamentale. Je veux que les patients profitent de mes recherches, dit-il. À l’Hôpital Saint-Boniface, je peux travailler en étroite collaboration avec des cliniciens. Il s’agit d’un avantage incontestable de Saint-Boniface. Voilà pourquoi c’est à cet endroit que je dois travailler. »

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